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Splendeur et décadence des éditeurs de jeux sur smartphone

Après un succès fulgurant, les éditeurs des jeux Candy Crush, angry Birds ou encore Farmville échouent à capitaliser sur le long terme.

Après un succès fulgurant, les éditeurs des jeux Candy Crush, angry Birds ou encore Farmville échouent à capitaliser sur le long terme. - King, Zynga, Rovio

Rovio, le créateur d'Angry Birds, vient d'annoncer une suppression de 39% de ses effectifs. Sur le marché des jeux sur smartphones et réseau sociaux, les succès sont fugaces et les éditeurs peinent à renouveler leur succès.

Depuis quelques semaines, les mauvaises nouvelles s'accumulent dans l'univers des jeux sociaux. Dernière en date, Rovio, l'éditeur finlandais d'Angry Birds vient d'annoncer un plan de 260 suppressions d'emplois et ce moins d'un an après en avoir déjà annoncé 110. Si la société se déplume, c'est que les résultats ne sont plus au rendez-vous. Elle a ainsi enregistré un recul de 9% de son chiffre d'affaires en 2014 (158 millions d'euros) et son résultat a été divisé par trois sur la période (10 millions d'euros).

Le finlandais qui dans la foulée du succès fulgurant de son jeu (téléchargé 3 milliards de fois) avait décliné ses Angry Birds à toutes les sauces (jeux, produits dérivés, parc d'attraction, dessins animés...) fait moins recette. Et le fait de se séparer d'un 39% de ses effectifs alors qu'une nouvelle version du jeu -Angry Birds 2- est sorti il y a trois semaines à peine n'est pas très rassurant.

Du buzz à la lassitude

D'autant que Rovio n'est pas le seul à connaitre des difficultés. King, l'éditeur du jeu de bonbons Candy Crush Saga ne voit pas lui non plus la vie en rose. L'éditeur britannique a vu son chiffre d'affaires reculer de 17,5% sur le dernier exercice et son cours de bourse a fondu de 40% depuis l'introduction en bourse de la société en 2011. Quant à Zynga, le créateur du jeu social Farmville, il échoue à enrayer la baisse de ses audiences et annonce de nouvelles pertes trimestre après trimestre.

Si les raisons des échecs sont différentes, il n'en reste pas moins que le succès des jeux à la Angry Birds est très volatil. Et tous connaissent la même courbe d'adoption: un lancement dans l'anonymat, le début d'un bouche-à-oreille positif, le buzz sur internet qui s'accompagne par l'explosion du téléchargement (la plupart adopte le modèle du freemium à savoir le jeu gratuit mais des options payantes). S'ensuit une période de stabilisation et de déclin qui traduit une certaine lassitude. 

On gagne rarement deux fois au loto

Car même si ces jeux addictifs sont souvent très malins, ils restent tout de même assez simples (aligner des bonbons, envoyer des projectiles...) et très sujets aux modes. Un jeu chasse l'autre sur ce secteur. Or un même éditeur rencontre rarement deux fois le même succès. "C'est un marché où on fait des coups, reconnait le responsable d'un éditeur français de jeux sur mobile. Et c'est difficile de construire quelque chose sur le long terme alors qu'on sait pertinemment qu'on ne réussira pas aussi bien le coup d'après." On gagne rarement deux fois au loto.

Résultat: les éditeurs de ces jeux multi-millionnaires déclinent leurs univers en produits dérivés comme Rovio qui est allé le plus loin dans cette direction. Ou alors ils profitent des revenus générés pour inonder le marché de nouveaux titres dont ils espèrent qu'un au moins rencontrera le même succès. Comme King et ses multiples Pet Rescue Saga, Pyramid Solitaire Saga, Alpha Betty Saga... Une stratégie peu risquée vu le faible coût de développement de ces jeux sur smartphone mais pas très efficace non plus.

Le contre exemple Clash of Clan

Car ces éditeurs s'adressent en fait à un public pas très fidèle, celui des joueurs dit "casual", autrement dit monsieur et madame tout le monde. Un public de non-passionnés et plus zappeur. A la différence de celui des gamers auquel s'adresse par exemple une société comme Supercell. Le créateur de Clash of Clan, jeu en ligne massivement multijoueurs, fédère depuis 2012 une communauté de plusieurs millions d'adeptes. Le groupe finlandais est devenu avec 1,7 milliard de dollars de chiffre d'affaires en 2014 un des plus gros éditeurs mondiaux de jeux vidéo.

Frédéric Bianchi