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Pourquoi Drahi investit le marché américain des câblo-opérateurs

En mettant la main sur le 7e câblo-opérateur nord-américain, Patrick Drahi débarque sur un marché télécoms où les prix sont très élevés.

En mettant la main sur le 7e câblo-opérateur nord-américain, Patrick Drahi débarque sur un marché télécoms où les prix sont très élevés. - Eric Piermont - AFP

Patrick Drahi arrive sur un marché juteux où l'abonné au câble génère des revenus bien plus élevés qu'en France. Et par conséquent renonce provisoirement à toute autre ambition dans l'Hexagone.

Patrick Drahi va t-il réussir aux Etats-Unis là où Xavier Niel a échoué à prendre pied ? A peine digéré le rachat de SFR et de Portugal Telecom, le président d'Altice part à la conquête des Etats-Unis en rachetant, via son groupe, 70% de Suddenlink Communications, aux fonds qui détenaient l'opérateur.

Septième câblo-opérateur américain avec seulement 1,45 million d'abonnés, le groupe est valorisé 9,1 milliards de dollars par l'opération. Cet investissement important outre-Atlantique indique que Patrick Drahi a provisoirement renoncé à toute opération de croissance externe d'envergure en France. 

"Notre investissement dans Suddenlink, le premier dans le secteur du câble aux Etats-Unis, ouvre une voie industrielle et stratégique attractive pour Altice (dans le pays), sur l'un des plus grands et dynamiques marchés de la communication au monde", s'est réjouit Dexter Goei, le directeur général du groupe Altice.

Un revenu moyen par abonné bien plus élevé qu'en France

En termes clairs, Patrick Drahi et ses équipes prennent pied sur le marché qu'ils connaissent le mieux, celui des réseaux câblés, qui en plus aux Etats-Uniss génèrent de confortables marges bénéficiaires pour les opérateurs. 

Dans le téléphone mobile comme dans l'internet fixe haut débit, les prix pratiqués par les opérateurs américains sont bien plus élevés qu'en France.

Au vu des derniers chiffres publiés par le câblo-opérateur Suddenlink, le revenu moyen par abonné a atteint 172 dollars par mois (environ 154 euros) sur le premier trimestre 2015, en hausse de 6,7% en un an. Ce montant recouvre à la fois des abonnés au seul service de télévision et au téléphone et à l'Internet fixe.

En outre, comme en Europe, le marché nord-américain des réseaux câblés est porté par la vague du très haut débit et du triple play qui génère des revenus plus importants que les abonnés au seul service de télévision.

SFR-Numericable affiche 34 euros de revenu par abonné

En France, le revenu moyen par abonné de SFR-Numericable sur le très haut débit fixe (téléphone-Internet-télévision) s'établissait sur les trois premiers mois de 2015 à 34,3 euros/mois en hausse de 0,9% par rapport au premier trimestre 2014.

La différence entre le revenu moyen généré par un abonné au très haut débit fixe aux Etats-Unis et la France est donc d'un facteur quatre.

Ce fossé explique la marge Ebitda ajustée de 37,7% (par rapport au chiffre d'affaire) qu'affiche Suddenlink sur ses trois premiers mois de 2015.

Ce chiffre se compare à la dernière marge connue Ebitda ajustée de SFR-Numericable qui s’élevait à 34% du chiffre d’affaires, en hausse de 7,2% par rapport au 1er trimestre 2014.

Une transaction estimée à 6,7 milliards d'euros

En prenant pied aux Etats-Unis, Altice prend donc peu de risque sur le plan de ses marges bénéficiaires actuelles.

Pour s'emparer du câblo-opérateur américain, Altice a racheté des parts aux fonds BC Partners et CPP Investment Board, qui conservent 30% du câblo-opérateur, ainsi qu'à des membres de sa direction.

La transaction sera financée à hauteur de 6,7 milliards de dollars par de la dette, nouvelle et existante, de Suddenlink, un prêt de 500 millions de dollars accordé par BC Partners et CPP Investment Board et 1,2 milliard de dollars en numéraire d'Altice, maison-mère de Numericable-SFR.

Frédéric Bergé