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Passer de 4 à 3 opérateurs, un désastre pour les consommateurs? 

En Europe, la concentration parmi les opérateurs mobiles locaux, s'accélère.

En Europe, la concentration parmi les opérateurs mobiles locaux, s'accélère. - Justin Tallis-AFP

En 2013, la réduction de la pression concurrentielle dans la téléphonie mobile a bien entraîné une hausse des prix des forfaits en Autriche. Depuis, les régulateurs ont trouvé des parades plus efficaces pour attiser la concurrence.

Le rapprochement entre Bouygues Telecom et SFR-Numericable fait déjà craindre aux associations de consommateurs, une future hausse des prix. Cette crainte est-elle justifiée alors que, partout en Europe, s'accélère la concentration dans les télécoms?

Dans une note publiée fin 2014, la banque Natixis doutait que ce "Il nous paraît difficilement envisageable qu’une consolidation conduise à une hausse systématique des tarifs. Elle devrait néanmoins réduire l’intensité concurrentielle, les promotions plus ou moins récurrentes et les dépenses marketing des opérateurs" explique cette note, publiée fin 2014 à propos de la fusion réalisée par SFR et Numericable.

Trois pays (Autriche, Irlande, Allemagne) ont déjà précédé la France sur la voie d'une réduction du nombre de leurs opérateurs fixes et mobiles. 

L'Autriche est souvent citée comme un cas emblématique par les détracteurs de la concentration du marché. Dans ce petit pays, le passage, début 2013, de quatre à trois opérateurs -Orange ayant cédé sa filiale locale- a entraîné a, effectivement, provoqué une hausse des prix des forfaits mobiles dans un contexte de prix historiquement bas. 

Une hausse de 18% pour les consommateurs autrichiens

Statistik Austria (équivalent de l'Insee en Autriche) avait révélé qu’en janvier 2014, la hausse des prix avait été de 18,7 % en un an, pour les services mobiles dans le pays. Les données publiées par le régulateur autrichien (fin novembre 2014) ont montré que le chiffre d'affaires mobile des opérateurs autrichiens s"était stabilisé pour la première fois au deuxième trimestre de 2014, après des années de guerre des prix.

L'effet inflationniste a en fait surtout été perceptible dans les premiers mois. "En un trimestre, fin 2013, les prix ont augmenté de près de 10%", déplorait en 2014 l'ex-président de l'Arcep, Jean-Ludovic Silicani.

Les Allemands pas pénalisés comme les Autrichiens

En Autriche, Bruxelles avait pourtant imposé d'accueillir ces MVNO (mobile virtual network operator) à un prix fixé par le gendarme des télécoms... mais aucun MVNO n'est apparu ensuite

Pour éviter que le scénario autrichien se reproduise, les autorités de la concurrence européennes, pour valider une fusion entre opérateurs mobiles, imposent désormais une condition préalable aux acquéreurs: ils doivent s'engager à signer des accords avec des opérateurs mobiles virtuels (MNVO) pour attiser la concurrence.

En Allemagne, Telefonica (déjà propriétaire d'O2) a ainsi été autorisé en juillet 2014 à racheter son concurrent E-Plus, à la condition expresse de céder des fréquences soit à des opérateurs mobiles virtuels existants ou entrants. En agissant ainsi sur le maintien d'une réelle pression concurrentielle, Bruxelles entend peser indirectement sur le niveau des prix en Allemagne. Et, à ce jour, les consommateurs n'ont pas noté de hausses majeures de leurs forfaits.

L'éventuel rachat de Bouygues Telecom par SFR ne devrait pas, a priori, être examiné par les autorités européennes de la concurrence. Mais, il est probable que l'Autorité française s'inspire de la "jurisprudence" bruxelloise pour imposer à SFR-Numericable d'importantes cessions d'actifs. Anticipant ces mesures, Illiad (maison-mère de Free), a entamé des négociations avec SFR-Numericable en vue de récupérer des fréquences mobiles.

Frédéric Bergé