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Orange: moment de vérité pour le PDG Stéphane Richard

L'Etat va décider de reconduire ou non Stéphane Richard

L'Etat va décider de reconduire ou non Stéphane Richard - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Mercredi 26 mars, le conseil d'administration de l'opérateur téléphonique décidera de la reconduction à sa tête de Stéphane Richard. Atouts et faiblesses du candidat à sa succession.

C'est le moment de vérité pour Stéphane Richard. Mercredi 26 mars, le conseil d'administration d'Orange doit décider de sa reconduction à la tête de l'opérateur téléphonique. En pratique, c'est l'Etat (qui nomme trois administrateurs sur quinze) qui tranchera.

A la veille de cette échéance, Stéphane Richard a défendu son bilan ce lundi dans les Echos. Revue expresse des points forts et faibles de son bilan.

> L'accord d'itinérance avec Free

C'est la décision la plus controversée du mandat de Stéphane Richard. En 2011, il conclut un accord pour louer le réseau mobile d'Orange à Free, en attendant que le 4ème opérateur mobile déploie son propre réseau. Une décision qui avait été suggérée en 2010 par l'Autorité de la concurrence dans un avis.

Cet accord fut très lucratif pour l'opérateur historique: il lui a permis de récupérer en loyers une large partie du chiffre d'affaires perdu par l'arrivée de Free.

Mais cet accord d'itinérance a mis en fureur SFR et Bouygues, qui ont accusé Orange d'aider Free. Une fureur plutôt à mettre sur le compte de la jalousie, car Free aurait de toutes façons dû conclure un accord avec un opérateur existant...

Toutefois, certains syndicats ont ensuite réécrit l'histoire. Le 19 mars sur BFM TV, Sébastien Crozier (CFE-CGC) a ainsi prétendu: "l'Autorité de la concurrence a obligé Orange à donner son réseau [à Free, ndlr]. Cela a été ressenti par beaucoup comme un viol" (sic). Selon le syndicaliste, cet accord serait même une des causes de la recrudescence récente de suicides chez l'opérateur...

> Les allers-retours sur le web

A son arrivée, Stéphane Richard décide d'investir dans les deux pépites françaises du web. Il prend 11% de Deezer, et surtout 49% de Dailymotion pour 61 milions d'euros.

Mais, dans les deux cas, il fait ensuite machine arrière. D'abord, chez Deezer, Orange pouvait, à partir de mi-2012, monter au capital en fonction des résultats du site de musique. Mais c'est l'inverse qui se produit. En 2012, le site lève des fonds auprès de l'américain Len Blavatnik (propriétaire de Warner Music), ce qui dilue Orange de 11% à 10,2%.

De son côté, Dailymotion est mis en vente par Orange en 2012. Mais la vente échoue en 2013. Officiellement, car l'acquéreur (Yahoo!) est américain, et qu'Arnaud Montebourg s'y oppose. Mais, selon des sources industrielles, Orange avait en réalité signé un acord préliminaire avec Yahoo! avant de le soumettre au Conseil d'administration de l'opérateur. Arnaud Montebourg tentera ensuite d'utiliser cette faille contre Stéphane Richard, avec qui les rapports sont exécrables. Ce pataquès fera donc échouer la vente (interrogé sur ce point, Orange n'a pas souhaité faire de commentaires).

Après cet échec retentissant, Stéphane Richard assure en juillet 2013 que "le processus [de cession] est aujourd'hui fermé", et qu'il va "développer Dailymotion à l'intérieur d'Orange".

Un ultime retournement intervient ensuite. Arnaud Montebourg, visiblement affecté par l'image négative donné par l'affaire Yahoo!, change d'avis, et devient favorable à une vente à un étranger (interrogé sur ce point, la porte-parole du ministre n'a pas répondu). Orange relance alors le processus. Stéphane Richard aborde le sujet avec le PDG de Microsoft Steve Ballmer de passage à Paris début novembre 2013. Ces discussions embryonnaires n'ont apparemment pas progressé depuis. "On a des négociations [avec Microsoft], mais elles ne sont pas encore abouties", assurait Stéphane Richard le 6 mars sur BFM Business.

> L'emploi

A son arrivée, Stéphane Richard lance un plan volontariste de 10.000 recrutements. Résultat: l'effectif de l'opérateur dans l'Hexagone repart à la hausse pour la première fois depuis longtemps.

Toutefois, les recrutements diminuent ensuite, et ne compensent désormais plus les départs. A fin 2013, l'effectif est retombé au niveau de fin 2010.

"D'ici à 2020, il va y avoir 30.000 départs à la retraite sur un total de 95.000 salariés en France. Nous allons en remplacer une partie, mais les effectifs vont forcément diminuer", explique lundi Stéphane Richard dans les Echos.

> Les suicides

En 2008-2009, 32 suicides avaient officiellement été dénombrés en deux ans.

Face à ce phénomène, le PDG précédent Didier Lombard avait été très maladroit, parlant de "mode des suicides". Dès son arrivée, Stéphane Richard tient un discours de compassion, tranchant radicalement avec son prédécesseur.

Hélas, les suicides n'ont pas disparu. Il y en a encore eu 11 en 2013 (et à peu près autant en 2012), selon l'observatoire mis en place par les syndicats CFE-CGC et Sud.

Pire: 9 salariés se sont suicidés depuis début 2014, dont "7 au moins ont une relation explicite au travail", selon l'observatoire. Le 18 février, les syndicats ont donc émis un droit d'alerte -une première depuis 2008.

Dans les Echos, Stéphane Richard admet: "il est vrai que nous constatons une recrudescence de cas depuis le début de l'année. A ce stade, il serait hasardeux d'établir un lien entre cette succession de drames individuels, dont aucun n'est survenu sur le lieu de travail, et la situation de l'entreprise. Des expertises sont en cours sur certains cas".

Le titre de l'encadré ici

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L'effectif en France

1996 : 160.736
...
2000 : 150 768
...
2009 : 100 153
2010 : 102 087
2011 : 105 250
2012 : 105 039
2013 : 102 072

Source: société

Jamal Henni