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Le ministère de la Culture cède aux sirènes de Microsoft

Avant la Culture, la Défense et l'Éducation nationale avaient déjà cédé au charme de Microsoft

Avant la Culture, la Défense et l'Éducation nationale avaient déjà cédé au charme de Microsoft - Lionel Bonaventure AFP

La rue de Valois va dépenser 2 millions d'euros l'an prochain pour installer la suite de logiciels bureautiques Office de l'éditeur américain sur les ordinateurs du personnel, aujourd'hui équipés de logiciels libres.

Après l'Éducation nationale et la Défense, un nouveau ministère vient de tomber sous le charme de Microsoft: le ministère de la Culture. La rue de Valois vient de décider d'installer la suite de logiciels Office sur les postes informatiques de ses agents.

Cette décision est évoquée par la ministre Audrey Azoulay dans un courrier interne adressé aux personnels le 28 septembre: "2 millions d'euros seront engagés en 2017 pour améliorer la bureautique et les systèmes d’information relatifs aux ressources humaines pour qu’enfin tout le monde travaille avec les mêmes logiciels", écrit-elle (cf. ci-dessous).

Rester dans les clous de la légalité

"Microsoft Office sera déployé sur les postes des agents de l'administration centrale, indique une source au sein du ministère. Actuellement, deux systèmes coexistent: la grande majorité des personnels utilise des logiciels libres et une minorité Microsoft Office, ce qui complique la communication".

Mais, d'ores et déjà, la légalité de cette démarche est remise en question par Me Jean-Baptiste Soufron, avocat associé au cabinet FWPA: "La question qui se pose est de savoir comment le ministère de la Culture pourrait passer un marché public pour une telle somme, tout en restant dans les clous de la légalité. En effet, le principe constitutionnel de la liberté d'accès à la commande publique se traduit notamment par l’article 6 IV du code des marchés publics, qui interdit de faire des appels d'offres définissant par avance l'éditeur ou le prestataire qui devra être utilisé".

Microsoft a réussi à rentrer "par la fenêtre"

Cette percée de Microsoft rue de Valois illustre un mouvement plus global. Depuis une dizaine d'années, l'éditeur américain avait été chassé de la sphère publique au profit des logiciels libres (notamment Open Office et Libre Office) jugés moins coûteux. Chassé par la porte, il a réussi à revenir par la fenêtre dans plusieurs ministères. Il y a un an, Microsoft a signé un partenariat avec l'Éducation nationale qui prévoit la fourniture gratuite de logiciels et services pour une valeur de 13 millions d'euros. Ce partenariat a été contesté en justice par les défenseurs du logiciel libre, défendus par Me Soufron, qui ont perdu leur référé il y a un mois.

Enfin, et non des moindres, le ministère de la Défense a signé en 2009 un accord-cadre avec l'éditeur américain pour 82 millions d'euros. Ce contrat a été renouvelé en 2013 pour 4 ans, avec un coût supérieur (120 millions d'euros). Cela malgré un rapport défavorable d'un groupe de travail interne, qui craignait "une addiction aux technologies Microsoft" et le risque d'une "intrusion de la NSA". L'émission Cash investigation diffusée mardi 18 octobre sur France 2 était en partie consacrée à ce contrat.

Interrogé, le service du presse du ministère de la Culture s'est refusé à tout commentaire.

Jamal Henni