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L'email à 70 milliards de dollars du patron d'Apple

Dans un email adressé hier à un journaliste, Tim Cook a tenu à rappeler que la situation d'Apple en Chine reste bonne malgré les rumeurs.

Dans un email adressé hier à un journaliste, Tim Cook a tenu à rappeler que la situation d'Apple en Chine reste bonne malgré les rumeurs. - Justin Sullivan - Getty Images

Tim Cook a envoyé un mail à un présentateur vedette de la chaîne américaine CNBC pour rappeler que, quoi qu'on en dise, sa compagnie ne rencontre pas de difficultés en Chine. Effet immédiat. L'action a évité lundi la tourmente qui a a touché tous les autres titres de la tech américaine.

La bourse c'est simple comme un petit mail. A condition bien sûr de s'appeler Tim Cook. Le patron d'Apple a envoyé un courrier hier à, Jim Cramer, un présentateur vedette de la chaîne d'information CNBC. Un message circonstancié dans lequel il tient à remettre les points sur les "i". Non Apple ne rencontre pas de difficultés en Chine et la croissance de la marque y est toujours très soutenue, a tenu à rappeler Tim Cook qui dans la tempête boursière de ce lundi 24 août craignait pour son cours de bourse. Un email qu'un journaliste de CNBC a posté sur Twitter hier.

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Voici la traduction:

Jim, Comme vous le savez, nous ne communiquons pas de résultats en dehors des trimestriels et nous commentons rarement les évolutions du cours de bourse d'Apple. Mais je sais que votre question préoccupe de nombreux investisseurs. Je reçois quotidiennement des informations concernant nos performances en Chine, comme ce matin, et je peux vous affirmer que notre croissance là-bas est restée très soutenue en juillet et en août. La croissance des ventes d'iPhone s'est en fait accélérée depuis quelques semaines et nous avons réalisé les meilleurs performances de l'année sur l'App Store en Chine ces 2 dernières semaines. Evidemment, je ne peux pas prédire l'avenir, mais notre performance jusqu'ici est rassurante. En outre, je continue de croire que la Chine représente une opportunité unique sur le long terme car la pénétration de la 4G est encore faible et que la croissance de la classe moyenne sera énorme dans les prochaines années. Tim

Autrement dit, "arrêtez de dire qu'Apple rencontre des difficultés en Chine, ce n'est pas vrai!" Pour rappel, les ventes de la marque américaine ont cru de 112% au troisième trimestre fiscal en 2015... Le message a d'autant plus fait mouche que Tim Cook est très avare de sa parole dans les médias. Il témoigne donc d'un réel agacement face à la dégringolade du cours de bourse de la société depuis quelques semaines. 

70 milliards regagnés en quelques heures

Et bien lui en a pris puisqu'en quelques heures, le cours qui dégringolait de 13% en début de séance (94 dollars l'action) a est repassé dans le vert au milieu de la journée (108 dollars) avant de limiter la casse en fin de journée (-2,5%) mais avec un cours au dessus de la barrière psychologique des 100 dollars. Et dans les échanges avant bourse de ce mardi, l'action est très bien orientée (à +5,6%). Au final, le mail de Tim Cook a ainsi permis à la capitalisation d'Apple de reprendre 70 milliards de dollars perdus en début de séance (et même 85 milliards à la mi-journée). 

Au-delà de l'anecdote, cette histoire est assez symptomatique de la fébrilité des bourses depuis quelques semaines. Des marchés pris, comme souvent en période de doute, d'une peur un peu irrationnelle et qui ont besoin d'être rassurés par des signaux en provenance de l'économie réelle. C'est ce qu'a fait Tim Cook, le patron d'une société qui devrait selon toute vraisemblance réalisé en 2015 des profits historiques...

Tim Cook a-t-il violé la réglementation boursière avec ce mail?

La SEC, le gendarme de la bourse américaine, pourrait voir d'un mauvais œil l'initiative du patron d'Apple. Selon un avocat interrogé par le site des marchés du Wall Street Journal, ce mail constitue "une divulgation d'une information à certains individus avant le reste du public lors d'un affolement des marchés." Si la SEC tolère la divulgation par les médias, cet échange, au départ privé, pourrait contrevenir à son règlement.  D'autant que Jim Cramer, outre son activité pour CNBC, est le co-gérant d'un fonds -Action Alert PLUS- qui détiendrait des positions sur Apple selon le site TheStreets "La SEC va sans doute jeter un œil là-dessus", estime Thomas Gorman, un partenaire au cabinet d'avocats Dorsey & Whitney.

Frédéric Bianchi