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Galaxy Note 7: Samsung est-il tombé dans un piège tendu par Apple?

Samsung aurait tenté de griller au poteau le lancement de l'iPhone 7. A vouloir aller trop vite...

Samsung aurait tenté de griller au poteau le lancement de l'iPhone 7. A vouloir aller trop vite... - Drew Angerer - Getty Images North America AFP

Le lancement du Galaxy Note 7 a été un désastre. Selon Bloomberg, Samsung a voulu griller l'iPhone 7 au poteau en accélérant la production et la commercialisation de son iPhone Killer. Certains y voient un piège tendu par Apple.

Les dirigeants de Samsung ont-ils bien lu "L’art de la Guerre", cet ouvrage de stratégie militaire de Sun Tzu, livre de chevet de tous les business men d’Asie? Il y a fort à parier que non. Cette lecture aurait pourtant pu éviter aux dirigeants de Samsung d'avoir à gérer le désastre commercial du Galaxy Note 7. Avec ses batteries explosives, cette phablet est même devenue un appareil indésirable sur les compagnies aériennes. Et Samsung a dû rappeler en urgence plus de 2,5 millions d‘appareils.

Comment ce géant coréen de la high tech, de réputation mondiale, a-t-il pu se retrouver dans une telle situation? Bloomberg Technology donne une analyse étonnante de cette mésaventure. Selon le très sérieux site américain, l’erreur de Samsung a été de vouloir griller au poteau l’annonce de l’iPhone 7 en lançant au plus vite un modèle que les dirigeants sud-coréens voyaient comme le véritable iPhone Killer.

Une théorie d'un complot technologique?

Tout serait parti début 2016 avec le buzz d’un iPhone 7 sans grandes innovations technologiques. En fait, il se serait agi d’un piège tendu par Apple. Le groupe californien aurait même laissé fuiter la date du keynote. Citée par Bloomberg, une source bien au fait de ce dossier assure que Samsung a voulu très vite profiter de cette fenêtre de tir en lançant un modèle bourré de technologies. "Les hauts dirigeants de Samsung Electronics, incluant le responsable des téléphones mobiles D.J. Koh, ont accéléré le lancement du nouveau smartphone en étant persuadés qu’il séduirait le public" bien plus que le nouvel iPhone. Mais le Coréen voulait aussi clouer le bec à Apple qui ne cessait de laisser entendre que Samsung était incapable d’innover et préférait s’inspirer des innovations californiennes. Aux États-Unis, un procès épique entre les deux firmes attend toujours son épilogue.

Pour doubler Apple, Samsung a resserré les boulons d’un bout à l’autre de la chaîne de production contraignant les fournisseurs à suivre un rythme infernal. "Ils les ont poussés à respecter un échéancier serré, en dépit des nombreuses nouveautés technologiques". Selon des témoignages anonymes recueillis par Bloomberg, les sous-traitants ont subi une pression intense et les salariés de Samsung étaient si exténués que beaucoup restaient dormir au bureau pour ne pas perdre de temps dans les transports.

Le seul défaut du Galaxy Note 7: sa batterie!

Au départ, le pari semblait gagné. Dès le lancement, le 19 août, le Note 7 a été présenté comme "le meilleur smartphone du marché", ce qu’il est… sur le papier avec une puissance inédite, un superbe écran au bord incurvé et son étanchéité. Le seul gros défaut est l’autonomie jugée bien faible par les experts habitués à des niveaux plus élevés chez Samsung. Bien vu puisque le talon d’Achille de cette phablet était effectivement sa batterie conçue par Samsung SDI qui fournit nombre d’acteurs du marché, dont Apple.

Évidemment Samsung réfute totalement cette version des faits. Et pour tenter d’inverser le message, ses dirigeants ont répondu que le "timing de lancement d’un nouveau produit mobile est déterminé par la Division Mobile qui s’appuie sur le bon achèvement du processus de développement et sur l’adéquation du produit avec le marché". Une explication officielle qui tranche avec le commentaire de salariés de Samsung qui qualifient ce lancement d’humiliant.

Chang Sea Jin, un professeur à l'Université nationale de Singapour interrogé par Bloomberg, estime ainsi que "les dommages potentiels à la réputation sont bien plus importants que les pertes financières à court terme". Pour le moment, la facture du rappel des Galaxy Note 7 atteint déjà 2 milliards de dollars, sans parler de la chute boursière de 25 milliards de dollars en deux semaines. Sans compter les dégâts à court et long terme sur la réputation de Samsung.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco