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Free: un centre d'appels soupçonné d'abuser des licenciements disciplinaires

Le logo de Free.

Le logo de Free. - ERIC PIERMONT / AFP

L'inspection du travail cherche à savoir si Mobipel, filiale d'Iliad, a recouru abusivement à des licenciements pour faute grave et les ruptures conventionnels sur son site de Colombes. Une façon d'éviter le PSE, plus coûteux, selon les syndicats.

L’inspection du travail s’est saisie du dossier après cet étrange dégraissement. En trois ans, Mobipel, centre d’appels de l’opérateur Free (Iliad), a licencié 315 personnes dont 266 pour faute grave sur son unique site situé à Colombes (Hauts-de-Seine).

Ce constat, établi par un rapport d’expertise du cabinet Alter dévoilé dans Le Parisien, interroge. D'autant que, comme le rappelle le quotidien, Free se porte bien. L’entreprise a gagné 440.000 abonnés sur mobile au premier semestre 2017 et a vu son chiffre d’affaires augmenter de 7,3% sur la même période.

Effectifs réduits de 60%

Malgré ces chiffres encourageants, le nombre de salariés du centre d’appels de Colombes a chuté de 60%, passant de 711 à 287 de juin 2014 à septembre 2017. Le rapport pointe "des licenciements disciplinaires massifs, des ruptures conventionnelles et des transferts intragroupe qui ne sont pas indépendants de la volonté de l’employeur".

D’après les experts, Mobipel pourrait "chercher par toutes les solutions individuelles possibles à contourner à contourner l’obligation de mettre en œuvre une procédure collective" . En effet, une entreprise licenciant plus de dix personnes doit normalement procéder à un plan social pour l’emploi (PSE). Mais celui-ci est plus coûteux que de multiplier les licenciements pour faute grave, ces derniers permettant à l’employeur de ne pas payer d’indemnités et d'imposer le départ de l'entreprise sans préavis.

"Un plan social déguisé"

Ainsi, chez Mobipel, "les gens perdent leur travail pour deux retards ou une absence injustifiés", témoigne au Parisien Anousone Um, délégué syndical SUD-Telecom. Les syndicats dénoncent un "plan social déguisé" qui permet à l’entreprise de réaliser d’importantes économies. Environ "1 million d’euros rien qu’en préavis", selon Me Abdel Kachit, avocat de quatre ex-salariés de Mobipel.

Au total, 84 contentieux ont été engagés par les salariés, d’après les experts, "pour un montant total de 1,9 millions d’euros et une moyenne de 22.523 euros par demande". Parmi ceux qui ont été jugés "tous, sauf un" ont été gagnés par les salariés, rapporte Anousone Um.

P.L