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Free ou Orange: qui dit la vérité sur l'emploi?

Stéphane Richard (Orange) et Xavier Niel (Free) en juin 2013 dans les coulisses d'un colloque de l'EBG

Stéphane Richard (Orange) et Xavier Niel (Free) en juin 2013 dans les coulisses d'un colloque de l'EBG - -

Les deux opérateurs revendiquent chacun la paternité des 5.000 emplois créés dans le secteur depuis 2009. La vérité est entre les deux...

Mardi 10 décembre, Twitter a été le lieu d'un clash spectaculaire entre Arnaud Montebourg, Free et Orange.

Le ministre du Redressement productif a ouvert le feu en déplorant "les destructions d'emplois" causées par les offres low cost du quatrième opérateur mobile.

Le fondateur de Free, Xavier Niel, lui a rétorqué que 5.000 emplois ont été créés entre 2009 et 2012 "grâce à Free Mobile":

.@montebourg Telecom: 124K emplois directs en 2009, 129K en 2012 + 5K emplois créés grâce à #FreeMobile. Et votre bilan M. le Ministre ? :-)
— Xavier Niel (@Xavier75) 10 Décembre 2013

Puis Orange est rentré dans la danse, par la voix de son directeur général adjoint Pierre Louette, qui a rétorqué que, sur les 5.000 emplois créés, "plus de 90% étaient dûs en fait" à l'ex-France Télécom:

Les 5 000 emplois créés depuis 2009 dans les télécoms sont en fait à +90% dus à Orange #factchecking @Xavier75 @montebourg
— Pierre Louette (@LouettePierre) 10 Décembre 2013
S'attribuer le mérite d'emplois créés par Orange, l'imagination d'Iliad est décidément sans limite ...
— Pierre Louette (@LouettePierre) 10 Décembre 2013

Puisque nous y étions invités, nous nous sommes donc lancés dans des vérifications en examinant les comptes publiés par Free et Orange.

Verdict: tous deux ont bien créé des emplois sur la période: +2.455 pour Free et +4.886 pour Orange. Soit au total +7.341 emplois créés par ces deux opérateurs.

Chaque opérateur a donc tort lorsqu'il attribue à lui seul la paternité de la création d'emplois. A noter que sur cette période, l'effectif de SFR est resté stable, tandis que celui de Bouygues Telecom progressait très légèrement (+641).

Statistiques non comparables

La confusion provient du fait que les statistiques ne sont pas comparables. Le chiffre figurant dans les comptes des opérateurs est celui de l'effectif total en France. Tandis que le chiffre de 5.000 emplois cité par Xavier Niel provient du régulateur des télécoms, l'Arcep, qui publie chaque année un bilan du secteur.

Ce bilan porte sur l'emploi direct en France des opérateurs, mais ne comprend pas la totalité de l'effectif hexagonal. "Par exemple, notre bilan n'inclut pas les centres d'appels détenus en propre par les opérateurs", indique le régulateur. Ce qui explique donc que le chiffre de l'Arcep soit moins élevé que celui de l'effectif total en France.

La mémoire sélective d'Orange

Last but not least, le choix de la période 2009 à 2012 est très discutable. En effet, les plans de départs menés récemment par SFR et Bougues Télécom n'ont pas été comptabilisés en 2012, mais le seront en 2013.

Surtout, la période 2009-2012 est la seule de l'histoire récente où l'effectif d'Orange en France a augmenté, ce que Pierre Louette se garde bien de préciser... Avant cette période, l'opérateur historique a fait partir ses salariés à tour de bras. Précisément, son effectif dans l'Hexagone a diminué de -60.600 personnes entre 1996 et 2009...

Et, après avoir brièvement augmenté de 2009 à 2011, l'effectif de l'ex-France Télécom a à nouveau diminué en 2012 de -211 postes... Pire: il va diminuer de 7.000 postes sur la période 2013-2015.

Hasard ou coïncidence? L'opérateur historique, qui publiait chaque trimestre son nombre de salariés en France, a cessé de le faire fin 2012, et depuis cette date, ce chiffre ne figure plus dans ses comptes...

De son côté, l'effectif de Free a toujours cru depuis l'origine.

Mise à jour: interrogé, Orange indique que son effectif en France à fin septembre 2013 s'élève à 102.000 salariés, soit une baisse de -3.040 postes par rapport à fin 2012. Cela signifie donc qu'Orange a créé seulement +1.845 postes depuis début 2009.

Jamal Henni