BFM Business

Comment le Maroc a réussi à faire détester ses opérateurs télécoms

Le blocage des services de VOIP (voix sur Internet) coûte cher aux Marocains. Elle a également un prix pour les trois opérateurs à travers la campagne "unlike".

Le blocage des services de VOIP (voix sur Internet) coûte cher aux Marocains. Elle a également un prix pour les trois opérateurs à travers la campagne "unlike". - Facebook

"Entre les opérateurs marocains et les consommateurs, c’est la rupture depuis que l’accès aux services de VOIP (What’sApp, Skype…) a été interdit pour préserver l’activité des télécoms. Une campagne sur Facebook fait payer très cher cette décision."

Jamais les trois opérateurs marocains des télécoms n’ont fait autant parler d’eux sur les réseaux sociaux. Et cette popularité sur Facebook est loin d’être positive. Début 2016, l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) a décidé de couper l'accès aux services de VOIP (voix sur Internet) depuis leurs réseaux 3G ou 4G.

Début mars, l’agence a décidé d’aller plus loin en ne permettant plus l’accès à ces services gratuits de communication par les réseaux WiFi. Désormais, les Marocains doivent payer le prix fort pour appeler leurs relations professionnelles ou familiales qui se trouvent à l’étranger.

Cette décision prise pour "protéger l’activité des opérateurs" a été très mal prise par le public qui a décidé de lancer sur Facebook une campagne de boycott un peu particulière. Ils appellent le public à retirer les "likes" attribués aux trois opérateurs nationaux (Inwi, Maroc Telecom, Meditel). Une initiative lancée par Marouane Lamharzi Alaoui, l’une des vedettes du web marocain.

-
- © Capture site "unlikes"

Depuis le lancement de l’opération, Maroc Telecom a perdu près de 200.000 likes, Inwi en a perdu plus de 170.000 et Meditel plus de 163.000. Pour Marouane Lamharzi Alaoui, les opérateurs n’auront bientôt plus que "les fans malaisiens et philippins qu’ils ont achetés".

Cette chute de popularité aurait aussi des conséquences financières. La perte d’un like est évaluée à 3 dirhams marocains, soit 18 centimes d’euros. C'est ce que paye une marque pour acquérir un fan, "soit à travers la publicité directe sur le réseau social, soit à travers des efforts de marketing indirects". Pour Maroc Telecom, la perte financière atteint désormais 36.000 euros.

Fin février, Abdeslam Ahizoune, le président de l'opérateur, a tenté de faire entendre raison aux contestataires en se disant "touché" par ces "familles heureuses qui appellent et qui voient leurs enfants, des étudiants à l’étranger", mais qu’il s’agit cette fois d’un problème mondial qui menace l'économie des télécoms.

Cette remarque a poussé le collectif marocain National ADS à lancer une fausse campagne d’affichage en ligne. On y voit Robert Mugabe lancer "vous avez la liberté de ne plus appeler en VOIP" ou Kim Jong-Un regretter que North Korean Telecom n’en ait pas eu l’idée.

Pascal Samama