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Comment Google a tué 123people, le moteur de recherche de personnes

123people était un agrégateur qui rassemblait les informations sur une personne disponibles sur le web

123people était un agrégateur qui rassemblait les informations sur une personne disponibles sur le web - Techcrunch

SoLocal (ex-PagesJaunes) avait racheté cette start-up pour 15 millions d'euros en 2010. Mais ses résultats se sont effondrés quand Google a changé son algorithme, conduisant à la fermeture du site.

"Google m'a tuer..." Voilà l'épitaphe qui pourrait figurer sur la tombe de 123people.com, un site lancé début 2008 et discrètement fermé en mars 2014.

L'entreprise était un moteur de recherche spécialisé dans les personnes -elle était même le leader mondial en la matière, avec au plus haut 50 millions de visiteurs uniques par mois. En pratique, c'était un méta-moteur: il agrégeait les informations sur une personne disponibles sur le web .

Start-up autrichienne, 123people fut racheté en mars 2010 par PagesJaunes, devenu depuis SoLocal. Le français déboursera pour cela 15 millions d'euros en cash, soit trois fois le chiffre d'affaires de la start-up.

5 fois la mise

Ce fut le jackpot pour les fondateurs et le fonds autrichien Gamma, qui quintuplaient ainsi leur mise en à peine un an et demi.

PagesJaunes pensait aussi avoir fait une bonne affaire. Lors du rachat, l'éditeur d'annuaires se félicitait de cette "opération stratégique", qui lui permet de mettre la main sur une "véritable success story d’Internet", et promet de passer à 100 millions de visiteurs uniques par mois.

Trafic divisé par 20

Mais l'acquéreur va vite déchanter. D'abord, le dirigeant Russell E. Perry quitte 123people moins d'un an après le rachat.

Peu après, en février 2011, Google modifie son moteur de recherche, utilisant un nouvel algorithme baptisé Panda. Cette nouvelle version dégrade le classement des agrégateurs, qui ne font que reprendre le contenu d'autres sites. Résultat: lorsqu'on fait une recherche sur une personne dans Google, 123people n'apparaît plus dans les premiers résultats, mais bien plus loin...

"Ce changement d’algorithme de référencement a provoque une chute brutale du trafic de 123people, conduisant à une baisse de son chiffre d’affaires et de sa marge", explique SoLocal dans ses comptes.

En effet, le trafic est divisé par cinq le jour où Panda est mis en service, et au final par 20 en deux ans, pour tomber à 3 millions de visites par mois à l'automne 2013. Le chiffre d'affaires est divisé par deux entre 2010 et 2013. Et la start-up, rentable lors de son rachat, plonge dans le rouge à partir de 2012.

Un fortuné ingrat

Face à cela, 123people tente de trouver une parade, mais en vain. Finalement, SoLocal déprécie 123people de 15 à 1,9 millions d'euros seulement. Surtout, l'éditeur repositionne la start-up sur un nouveau créneau: proposer aux entreprises des services de gestion de réputation en ligne. Un produit baptisé Reporama est ainsi lancé en 2013. 

De son côté, Russell E. Perry a lancé une nouvelle start up. Sans aucune reconnaissance pour ceux qui ont fait sa fortune, il a même critiqué dans une interview SoLocal, "société à la culture pesante, une grosse entreprise dont le modèle repose sur la vente hors ligne".

Interrogé, SoLocal n'a pas répondu.

Mise à jour: Russell E. Perry nous précise "avoir voulu critiquer dans cette interview les grandes entreprises en général. Mon jugement sur PagesJaunes reste positif. J'y ai eu la possibilité de faire avancer 123people comme je le voulais".

Jamal Henni