BFM Business

Coeur artificiel: comment Carmat va financer son développement

Philippe Pouletty, co-fondateur de Carmat et patron de Truffle Capital, était l'invité de Stéphane Soumier dans Good Morning Business ce lundi 23 décembre.

Philippe Pouletty, co-fondateur de Carmat et patron de Truffle Capital, était l'invité de Stéphane Soumier dans Good Morning Business ce lundi 23 décembre. - -

Le co-fondateur de Carmat, la start-up qui a conçu le cœur artificiel implanté la semaine dernière à Paris, est venu, ce 23 décembre sur BFM Business, raconter la saga de l'entreprise et évoquer son développement.

La start-up a annoncé, vendredi 20 décembre,que son cœur artificiel avait été implanté pour la première fois sur un humain. Une première mondiale, réalisée en France. A l'ouverture de la Bourse à Paris, l'action de Carmat prend 35%. Elle était même impossible à coter dans les première minutes, en raison de l'avalanche d'ordre d'achats.

Philippe Pouletty, le co-fondateur de la société et patron de Truffle Capital, s'est félicité de la réussite de ce projet industriel ce lundi 23 décembre sur BFM Business.

L'opération s'est "bien passée", la convalescence "se passe bien", mais il faut rester "prudent, étant donné que le recul est encore bref", tempère Philippe Pouletty. "Tout développement clinique d'un dispositif médical innovant chez des malades en très mauvais état n'a pas 100% de succès", ajoute-t-il.

Mais "la prothèse a démarré comme une horloge, le malade a communiqué parfaitement avec son entourage" et "la réanimation post opératoire n'a pas posé de difficulté majeure". Quant à savoir si la durée de fonctionnement répond aux attentes, "il faudra attendre".

Passion de Jean-Luc Lagardère

Cette première implantation est l'aboutissement d'une belle histoire industrielle. Le père visionnaire du cœur artificiel, c'est le professeur Carpentier. Mais il y a eu tout une équipe d'ingénieurs et d'industriels qui ont permis le développement de la prothèse. Comme par exemple feu Jean-Luc Lagardère, à l'époque patron de Matra, qui allait devenir EADS, et qui a eu une "passion d'industriel" pour ce projet.

Il met quelques ingénieurs à la disposition d'Alain Carpentier, qui "a compris que seule l'industrie aérospatiale pourrait développer un objet à la durée de vie très longue, pour qu'il n'y ait pas à le réparer une fois en place", et "dont le volume, le poids et la consommation d'énergie soient très faibles". Non pas "des sociétés de dispositifs médicaux ou des universités".

En 2008, Truffle Capital se joint à l'aventure. C'est le moment du plan "power 8 chez EADS", qui subit de plein fouet le retard de développement de l'A380. Le groupe ne pouvait plus se permettre d'investir dans des activités qui ne constituent pas "son cœur de métier". C'est ainsi que Philippe Pouletty et le directeur du projet chez EADS structurent Carmat SAS, avec Alain Carpentier.

Faudra-t-il vendre Carmat?

En 2010, la société a besoin de financement supplémentaire. Philippe Pouletty et ses associés décident de "faire appel au marché". Seul moyen selon lui de financer un projet ambitieux à cent millions d'euros, puisque "ce n'est pas l'Etat qui peut le faire", d'autant que les porteurs du projet "n'ont pas envie de le solliciter". L'introduction en Bourse sur Alternext se passe au mieux. "Des milliers de petits porteurs font confiance à Carmat".

La question est désormais: "Carmat peut-elle rester une société indépendante, qui aura développé et commercialisera son cœur artificiel dans le monde, et les produits de génération future?". Ou bien "faudra-t-il vendre l'entreprise si le marché ne suffit plus à financer son développement?".

L'occasion pour Philippe Pouletty de constater que si les petits porteurs ont cru au projet, on ne peut pas en dire autant des "investisseurs institutionnels", hors Banque publique d'investissement-Ozéo, et des "fonds d'investissements". Il invite d'ailleurs ces derniers à "oser investir dans des projets qui changent la vie".

N.G.