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Ces rares pays qui résistent à la domination sans partage de Google

Le moteur de recherche Seznam occupe un immeuble entier en centre-ville à Prague

Le moteur de recherche Seznam occupe un immeuble entier en centre-ville à Prague - Seznam. Wikipedia. CC.3.0

"Dans quelques pays, le monopole de Google est contesté par des acteurs locaux du web. La République tchèque et la Corée du Sud "résistent" aux côtés de la Russie et de la Chine à la domination du géant américain. "

Menacé par Bruxelles d'une amende colossale pour abus de position dominante en Europe, Google a toujours argumenté pour sa défense qu'il exerçait ses activités dans un environnement concurrentiel. Mais, sur le marché de la recherche sur Internet, Google exerce un monopole de fait. En Europe, il gère plus de 90% des recherches effectuées sur Internet, laissant des miettes à ses concurrents américains que sont Bing (Microsoft) ou Yahoo!

Hors de l'Union européenne, on connaît, certes, les notables exceptions de la Russie et la Chine. Dans ces deux pays, de puissants acteurs locaux du web ont toujours tenu la dragée haute au géant américain. Cette résistance tient tout autant à des facteurs culturels que politiques. Le russe Yandex est crédité de 40% dans les recherches sur Internet, Google restant légèrement majoritaire avec 55%. La Chine, où Baidu représente à lui seul 75% de recherches effectuées en ligne et où Google est banni depuis 2011, a érigé une grande muraille numérique pour protéger ses acteurs du web et s'assurer un contrôle politique sur le web.

Le site tchèque, Seznam.cz, cultive ses racines locales

Mais on connaît moins la situation de deux autres pays moins puissants sur l'échiquier international, qui opposent une résistance, certes moins virulente mais réelle au monopole de Google comme moteur de recherche.

En République tchèque, c'est le site Seznam.cz, installé au cœur de Prague, qui joue les trouble-fêtes. Dans un remake de David contre Goliath, le portail internet parvient à afficher une part de marché sur la recherche effectuée sur Internet dans ce pays, oscillant entre 17% et 20%, Google s'arrogeant tout de même le reste, selon StatCounter. Près de 90 % des internautes tchèques utilisent ce site local au moins une fois par mois.

Crée en 1996, le portail Internet, dont le moteur de recherche n'est que l'un des services en ligne, emploie plus de 1.100 salariés. Il affiche surtout une santé économique insolente qui est le meilleur gage de sa pérennité sur le marché. Son chiffre d'affaires, basé sur la publicité en ligne, a crû de 9% à 3,41 milliards de couronnes, soit quelque 126 millions d'euros. Surtout, la société n’a jamais engrangé autant de bénéfices: 1,25 milliard de couronnes soit environ 46,3 millions d'euros. Le site sait aussi cultiver son profil d'acteur "national": tous les actionnaires sont tchèques depuis le début 2016 et le rachat de parts appartenant à des actionnaires minoritaires étrangers.

Le Coréen Naver a conçu l'appli mobile Line, très populaire

En Corée du Sud, Naver, détenu par Naver Corp, est le chef de file local de la contestation de la position dominante de Google dans la recherche sur Internet et la cartographie en ligne. En janvier 2016, sa part de marché sur le moteur de recherche (43%) a frôlé celle de Google (48%), toujours selon Statcounter. Depuis, le géant américain a repris de l'avance, distançant nettement son rival coréen sur les mois de mars et avril 2016. Fort de 2.500 salariés, Naver s'est aussi taillé un joli succès au Japon avec Line, une application mobile populaire de messagerie, de jeux et de téléphone, qui rivalise avec WhatsApp.

Mécontents de leur position dans le pays du matin calme, les représentants de Google se sont officiellement plaint aux autorités, révèle le quotidien américain The Wall Street Journal. Selon eux, les lois coréennes de sécurité nationale bénéficieraient injustement à leurs concurrents locaux, concernant le service en ligne de cartographie interactive dont il s'est fait une spécialité avec Maps.

Google se plaint en Corée du Sud auprès des autorités

Son rival local, Naver, accepte d'utiliser les cartes fournies par le gouvernement coréen qui sont expurgées de certaines zones sensibles, liées à des sites militaires ou civils ou des zones proches de la ligne de démarcation avec la Corée du Nord.

Google souhaiterait exporter cette cartographie fournie par les autorités pour l'enrichir, sur le plan de l'aide à la conduite en temps réel notamment, dans ses propres centres informatiques externes aux pays. Mais le pouvoir coréen le lui refuse. Résultat: Maps en Corée du Sud n'est qu'une pâle copie de celui qu'il offre en Europe ou aux États-Unis.

En dépit de ces poches de résistance locale, Google craint plus à terme la tendance de fond, relevée aux États-Unis, consistant pour les internautes à contourner les moteurs de recherche. Ils sont de plus en plus nombreux à aller quérir des informations ou de l’actualité qui les intéressent d’abord sur… Facebook.

Quelques moteurs de recherche alternatifs tentent de percer

Le monopole de fait de Google sur le moteur de  recherche n’a pas empêché la naissance et la croissance de nouveaux acteurs spécialisés dans ce domaine. C'est le cas de l’Américain DuckDuckGo ou du Français Qwant, mis en ligne en 2013 et dont une nouvelle version a été lancée en 2015. Il existe aussi des moteurs de recherche "solidaires" ou "équitables", comme Ecosia. La start-up berlinoise, fondée en 2009, reverse 80% de ses revenus publicitaires à un programme de reforestation au Brésil. 

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco