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À Paris, la chasse à UberPop est ouverte

Comment ce policier peut-il détecter d'un simple regard un chauffeur UberPop dans cette circulation ?

Comment ce policier peut-il détecter d'un simple regard un chauffeur UberPop dans cette circulation ? - Stéphane de Sakutin (AFP)

Pour lutter contre UberPop, les autorités ont décidé de s’en prendre, non pas à Uber, mais aux chauffeurs. Trente personnes auraient déjà été interpellés. Mais quelle est la méthode de la police ?

Après les discussions, les menaces, les grèves et les procès, place aux arrestations. Depuis quelques semaines, en France, mais surtout à Paris, les autorités mènent une guerre impitoyable contre les chauffeurs d’UberPop. Selon Le Monde, "plus d’une trentaine de dossiers de particuliers qui s’improvisent chauffeurs de taxi ont été transmis à la Préfecture."

Un chiffre dérisoire par rapport au bon millier de voitures UberPop qui circulent dans la Capitale. Mais il s'agit néanmoins d’un message fort adressé à ceux qui veulent arrondir leur fin de mois en transportant des passagers dans leur voiture contre rémunération.

Du pénal, de la correctionnelle ou une simple amende?

Le but est évidemment de dissuader la poursuite de cette activité concurrente des taxis et des VTC. Selon la loi, l’exercice illégal de la profession de taxi peut conduire à une condamnation d’un an de prison, de 15.000 euros d’amende, une suspension de cinq ans du permis de conduire et la confiscation de leur véhicule.

Le ministère de l’Intérieur pourrait aussi s’appuyer sur le code pénal qui punit de 2 ans de prison et 300.000 euros d’amende la mise en place d’un système de mise en relation de clients avec des personnes qui ne sont ni des taxis ni des VTC. L’affaire n’est pas si claire. Les "drive-popers" sont-ils du ressort du pénal, de la correctionnelle ou sont-ils passible d’une simple amende ?

En tous cas, le groupe californien promet de ne pas laisser tomber ces chauffeurs qui ne sont pas ses salariés. La grande majorité exerce cette activité non pas pour s’enrichir, mais pour faire face à des difficultés financières. On y trouve surtout des chômeurs, des jeunes avec ou sans formation, des retraités et même, selon une source, des fonctionnaires à la recherche d’un revenu complémentaire.

Au-delà de cet aspect sociétal, la direction d’Uber France campe sur le droit. Elle rappelle qu’en décembre, le tribunal de commerce n’a pas interdit l’activité, même si elle ne l’a pas légalisé. Une décision de justice liée aux lacunes que comporte la loi Thévenoud. Ce texte, dont le décret d’application a été promulgué en début d’année mais qui n’est toujours pas passé par le Parlement Européen, aborde bien l’activité de VTC mais pas le transport entre particuliers. Pour notre source, "le législateur a carrément raté le sujet."

Quelle est la tactique de la police pour détecter les chauffeurs?

Mais une question reste en suspens : de quelle manière les forces de police peuvent-ils détecter ces particuliers qui utilisent dans des voitures on ne peut plus banales? Pour le savoir, les boers, ces policiers chargés des taxis et VTC, ont permis à des journalistes de suivre ces opérations.

Libération, témoin d'une de ces "descentes", raconte que dans le centre de Paris, une douzaine de policiers ont contrôlé des véhicules dont le chauffeur, seul à l’avant, transportaient des personnes, qui elles étaient à l’arrière. "Sur les trois heures que durera l’opération dans ce secteur des grands magasins, quelques infractions seront notifiées à des VTC et des taxis. Mais pas un conducteur UberPop ne sera contrôlé." Preuve que la méthode a ses limites.

La police a-t-elle changé de méthode pour interpeller cette "trentaine" de chauffeurs occasionnels? Les a-t-elle piégés en se faisant passer pour des clients ? Ce stratagème utilisée pour la pédophilie, le terrorisme ou le trafic de drogue, est illégale dans ce cas comme l’a confirmé un officier de police au Monde. "Il nous est interdit de jouer à la chèvre et de piéger les gens".

S'appuient-ils sur des dénonciations de clients ou de chauffeurs de taxi mécontents? Nous ne le saurons pas. Nous avons demandé à la Préfecture de police quels moyens avaient été mis en place pour ce travail. En vain. "Les demandes sur ce sujet sont nombreuses et nous ne pouvons pas y répondre pour l’instant." s'est contenté de répondre le service de communication.

Pascal Samama