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Retraites-chapeau : une pratique spectaculaire et problématique

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Le PDG de Peugeot va quitter ses fonctions et recevoir à cette occasion une retraite chapeau de 21 millions. Compte tenu de la situation actuelle de Peugeot, on s’interroge sur ce montant qui va récompenser un mandat aux résultats contestables.

Cette pratique est spectaculaire et rejoint le phénomène de l’explosion des rémunérations de certains hauts dirigeants depuis une vingtaine d’années. A l’heure actuelle, il y a environ mille dirigeants qui ont un contrat de travail prévoyant une retraite-chapeau. Le problème que pose entre autres ce genre de pratique est qu’elle occulte la réalité de rémunérations de la plupart des chefs d’entreprise qui est très largement inférieure à ces montants et qui est au mieux du même ordre de grandeur que celle d’un cadre salarié d’une grande entreprise.

Est-ce que des mesures ont été prises pour encadrer ces retraites chapeaux ?

Il y a des rapports, des déclarations de principe des organisations représentant le patronat comme le MEDEF ou l’Afep (association française des entreprises privées). En 2002, Daniel Bouton, alors PDG de la Société générale, avait remis un rapport sur la gouvernance des entreprises qui prévoyait un volet sur la rémunération des dirigeants. Il préconisait la systématisation de comités de rémunération indépendants. Et il indiquait que les dirigeants devaient avoir un comportement « raisonnable et approprié »…

Nous en sommes au stade des vœux pieux. Dans le cas de Dexia, qui dépend de l’Etat, la cour des comptes a recommandé des actions en justice. Mais chaque fois que cela intervient, la justice constate que la retraite-chapeau est un élément du contrat de travail qu’a accepté l’entreprise.

Il n'y a rien à faire donc ?

On peut toujours faire appel au sens moral des dirigeants. Cela n’est pas inutile d’autant que beaucoup d’analystes de l’économie disent que le capitalisme suppose une certaine forme de décence.

Mais surtout, il faut mettre davantage les hauts dirigeants en concurrence. Contre la connivence de la reproduction des élites, il y a la concurrence. Certains redoutaient autrefois le plombier polonais. C’était parce qu’il allait faire concurrence à nos plombiers. Donc, si on veut faire pression sur nos grands patrons, il faut faire venir des PDG tchèques...

Jean-Marc Daniel