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Qui se cache derrière ces géants chinois qui rachètent des joyaux européens?

Guo Guangchang, le patron de Fosun, porté disparu pendant 4 jours.

Guo Guangchang, le patron de Fosun, porté disparu pendant 4 jours. - AFP

"Depuis le début d'année 2016, de nombreux conglomérats chinois prennent des participations dans des entreprises européennes. Mais qui se cache réellement derrière ces entreprises? Tour d'horizon de ces investisseurs qui avancent masqués."

L'Empire du Milieu passe à l'attaque. Après le rachat du Club Med au prix d'une longue bataille boursière, Fosun, un conglomérat chinois, souhaiterait prendre position dans Compagnie Des Alpes, propriétaire des parcs de loisirs Astérix et Futuroscope. Une opération loin d'être isolée depuis le début d'année et qui confirme le retour au premier plan des investissements chinois. Si derrière ces entreprises on retrouve souvent des hommes d'affaires, le Parti Communiste Chinois n'est jamais très loin. Retour sur ces investisseurs qui avancent masqués et "protégés" (ou pas).

Fosun, le "Warren Buffett chinois" porté disparu

Son nom ne vous dit probablement rien, mais Guo Guangchang, le patron de Fosun, propriétaire du Club Med et actionnaire du voyagiste britannique Thomas Cook, a fait l'actualité bien malgré lui. Fin décembre 2015, le "Warren Buffett chinois" comme tient à le surnommer la presse locale (34ème fortune chinoise en 2015 avec 7,3 milliards de dollars), disparaît mystérieusement avant de réapparaître 4 jours plus tard lors de l'assemblée annuelle des actionnaires du groupe. Selon des médias locaux, il est sous le coup d'un enquête des autorités chinoises. Il faut dire que sa relation avec Jiang Zemin, l'ancien président chinois, ne plaît pas au plus haut point de l'État où l'actuel président Xi Jinping cherche à le déstabiliser.

La ville de Shanghai, premier actionnaire d'Accor

Fosun n’est pas le seul groupe chinois à s’intéresser de près au secteur touristique français: son homologue Jin Jiang détient plus de 15% du groupe AccorHotels. Derrière ce conglomérat se cache non pas un richissime homme d'affaires mais... la ville de Shanghai! Avec cette participation, la mairie de cette mégapole de près de 20 millions d'habitants est le premier actionnaire du groupe devant Colony Capital et Eurazeo qui agissent de concert (11,8% du capital à eux deux). Sa récente montée au capital de l'hôtelier français inquiète d'ailleurs les pouvoirs publics. D'après des proches du dossier, le gouvernement n'entend pas laisser l'État chinois mener une opération "de prise de contrôle rampant" d'un fleuron du CAC40.

Le football, nouvel eldorado des "amis" du parti ?

On connaissait l’attrait des pays du Golfe (Qatar avec le PSG, Emirats Arabes Unis pour Manchester City) et des Russes (Chelsea, Monaco) pour le football, mais l’intérêt de la Chine pour le ballon rond est grandissant. Il faut dire que Xi Jinping, fan de football, ambitionne de faire de son pays une des grandes puissances mondiales de ce sport et encourage les investissements allant dans ce sens. Ainsi, l’acquisition par le groupe chinois Suning de l’Inter Milan, vainqueur de la Ligue des Champions en 2010, ne semble pas anodine. Ce conglomérat, qui détient près de 1.600 magasins en Chine et qui a réalisé un chiffre d'affaires de 24 milliards de dollars (21 milliards d'euros) en 2015, est la propriété du milliardaire Zhang Jindong, 403ème fortune mondiale selon Forbes et... membre de la conférence consultative politique du peuple chinois, une assemblée sans pouvoirs de décision mais placée sous la tutelle du Parti communiste chinois.

Outre l'Inter Milan, son rival historique, l'AC Milan, serait lui aussi sur le point de devenir la propriété d'investisseurs chinois où le nom de Jack Ma, fondateur d’Alibaba, revient avec insistance de l'autre côté des Alpes. Le magnat chinois entretient des relations étroites avec le président Xi Jinping, qui de 2002 à 2007, a été le secrétaire du Parti communiste chinois (PCC) de la province du Zhejiang, où Alibaba a son siège. Une proximité qui avait également conduit l'actuel président chinois à emmener une délégation visiter Alibaba, au cours de ses sept mois à la tête du Parti à Shanghai, en 2007.

Enfin, le récent finaliste de la Ligue des Champions, l'Atlético de Madrid, a vu arriver en 2015 dans son capital, à hauteur de 20%, Wanda, le numéro un de l'immobilier en Chine, détenu par la plus grosse fortune du pays, Wang Jianlin (18ème fortune mondiale selon Forbes avec 34,9 milliards de dollars). Ancien soldat de l'Armée populaire de libération, il est membre du Parti communiste chinois où plusieurs proches du pouvoir sont actionnaires.

Sami Bouzid