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Pourquoi la crise affaiblit davantage Boeing qu'Airbus

Le 737 Max de Boeing n'a pas réussi à concurrencer l'A320neo d'Airbus-Image d'illustration

Le 737 Max de Boeing n'a pas réussi à concurrencer l'A320neo d'Airbus-Image d'illustration - -

Les deux plus grands constructeurs d’avions de la planète sont confrontés à une chute sans précédent du trafic aérien mondial. Mais, fragilisé par les déboires de son 737 Max, le géant américain est dans une situation plus cruciale qu'Airbus. Et il va devoir réduire davantage ses effectifs que son rival européen.

Pour Boeing comme pour Airbus, c’est la fin des vaches grasses. La pandémie de coronavirus a cassé l’envolée du trafic aérien qu’ils croyaient presque sans fin. Et le trou d’air va faire sentir ses effets pendant longtemps. L’Iata, l’association qui regroupe toutes les compagnies aériennes de la planète estime que le trafic aérien ne retrouvera pas son niveau d’avant-crise avant 2023.

Les deux plus grands constructeurs d’avions de la planète vont donc être confrontés à une nouvelle donne. Les commandes nouvelles d’avions vont durablement se raréfier et les annulations de commandes se multiplier. Et s'il est impossible de savoir aujourd'hui combien de leurs clients vont faire faillite, il ne fait pas de doute que les compagnies qui survivront à la crise n’auront plus toutes les moyens d’honorer la totalité de leurs commandes passées ou d’en passer de nouvelles.

Interrogé par le magazine Forbes, Adam Pilarski, un des grands experts du secteur, estime même à zéro les besoins en avions neufs des compagnies aériennes pour les quatre prochaines années. 

Spectaculaire chute du carnet de commandes de Boeing

Rien que sur les quatre premiers mois de l’année, le nombre des annulations s'est envolé alors que les nouvelles commandes ont été peu nombreuses. Pour le carnet de commande de Boeing, l’effet est spectaculaire. Fin 2019, le constructeur devait livrer sur plusieurs années 5625 avions. Quatre mois plus tard, la liste des livraisons à réaliser ne comprend plus que 4834 avions, soit 791 de moins. En comparaison, Airbus paraît presqu’en bonne forme, avec un carnet de commandes en très légère hausse (7645 avions à livrer contre 7482, fin décembre).

Si Boeing peine davantage que son concurrent c’est que la pandémie de coronavirus fait suite au pire accident industriel de sa longue histoire. Interdit de vol au printemps 2019 après deux terribles catastrophes aériennes, le B737 Max ne peut plus être livré aux compagnies qui l’avaient commandé. Et la nouvelle certification qui impose de nombreuses validations techniques a pris du retard.

Le processus est en effet handicapé par le confinement. Et Boeing estime désormais que le retour dans les airs du 737 Max n’interviendra pas avant le mois d’août. Certaines compagnies aériennes s’en réjouissent d’ailleurs car, du seul fait de ce retard, elles vont pouvoir annuler leurs commandes sans aucune pénalité à régler. Déjà entre février et avril, Boeing s’est vu notifier 317 annulations de commandes de cet avion conçu pour face au succès de l’A320 Neo d’Airbus.

Le 737 Max, c'est 80% des commandes de Boeing

Boeing ne pouvait pas imaginer pire scénario catastrophe. Avant d’être interdit de vol, le 737 Max se vendait très bien. A tel point qu’il représentait 80% de ses commandes. Il ne peut même pas compter sur le patriotisme des compagnies aériennes américaines. Delta, la plus grosse compagnie du monde en termes de chiffre d’affaires, a par exemple pris une décision très symbolique jeudi en sortant de sa flotte tous ses Boeing 777. Désormais elle ne fera plus voler que des Airbus (A330 et A350-900) pour tous ses vols long courrier. Des avions moins gourmands en kérosène et donc plus rentables sur le plan opérationnel.

Boeing ne peut même pas vraiment compter sur Donald Trump pour mettre des bâtons dans les roues d’Airbus. Les taxes sur les avions importés aux Etats-Unis ont déjà été portées à 15% en février dernier. Les augmenter encore, et même les maintenir à ce niveau, c’est prendre le risque d’une taxation comparable pour les Boeing vendus aux compagnies aériennes de l’Union européenne. Sauf que le géant européen possède une usine aux Etats-Unis alors que Boeing n’en a pas en Europe. Durcir la guerre commerciale, n’est donc pas dans l’intérêt de Boeing.

Boeing va supprimer plus d'emplois qu'Airbus

Le groupe américain est donc contraint de réduire la voilure. La direction a prévenu les salariés qu’un plan massif de réduction des effectifs devait être lancé. Pour la branche aviation civile, la purge représentera 15% des effectifs, soit 12.000 emplois.

Logiquement, celle qui attend les salariés d’Airbus devrait être un peu moins amère. On en ignore l’ampleur, le groupe en ayant pas encore dévoilé son plan. Mais si l’on en croit les rumeurs et les estimations des experts du secteur, les suppressions d’emplois seraient comprises dans une fourchette allant de 7,5 à 10% des effectifs mondiaux d’Airbus.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco