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Carrefour: plus de deux salariés sur trois se déclarent "épuisés moralement et physiquement"

La fédération porte plainte contre la société Carrefour Hypermarchés pour "atteinte involontaire à la vie" et "mise en danger de la vie d'autrui" dans le magasin de Saint-Denis, où une salariée et déléguée syndicale CGT, Aïcha Issadouene, est décédée des suites du Covid-19 le 26 mars

La fédération porte plainte contre la société Carrefour Hypermarchés pour "atteinte involontaire à la vie" et "mise en danger de la vie d'autrui" dans le magasin de Saint-Denis, où une salariée et déléguée syndicale CGT, Aïcha Issadouene, est décédée des suites du Covid-19 le 26 mars - AFP

Parmi les 7000 salariés interrogés dans le cadre du baromètre "Je note ma boîte", 68% disent se sentir épuisés physiquement et 65% moralement. Un quart déclare par ailleurs prendre des médicaments ou stimulants à cause du travail.

Les salariés de Carrefour sont aux deux tiers "épuisés moralement et physiquement" et 76% ne font pas confiance à l'entreprise pour évoluer, selon une enquête qui a recueilli 7000 réponses, présentée ce vendredi par la CFDT, 2e syndicat du groupe, en visioconférence.

Le baromètre intitulé "Je note ma boîte", réalisé en face à face par 136 délégués CFDT de janvier à mars, accorde une note globale de 4,5 sur 10 à Carrefour. Selon Sylvain Macé, délégué syndical central Carrefour, il s'agit d'une première dans une entreprise en France. Les réponses, traitées par un cabinet indépendant, portent sur la santé, les conditions de travail et l'organisation. Elles sont complétées par un questionnaire en mai sur la crise du Covid-19.

68% des salariés épuisés physiquement

Parmi les 7000 salariés interrogés de janvier à mars, 69% déplorent un manque d'information sur la vaste transformation entamée en 2018 par le PDG Alexandre Bompard, avec des milliers de suppressions de poste à la clé. 76% déclarent ne pas avoir confiance dans l'entreprise pour évoluer. Néanmoins 63% disent se sentir bien chez Carrefour, "en raison de la convivialité entre collègues et d'un statut social un peu supérieur à la moyenne de la grande distribution", a observé Bruno Mouty, responsable CFDT au comité de groupe.

68% se sentent épuisés physiquement et 65% moralement, alors que leur charge de travail a augmenté pour 77% d'entre eux. 38% estiment avoir eu des problèmes de santé et 25% déclarent prendre des médicaments ou stimulants à cause du travail.

"Aujourd'hui, on est de moins en moins nombreux au sein de chaque magasin. Même la polyvalence du personnel ne suffit plus à combler les trous", témoigne un salarié. "Attention à l'humain, nous ne sommes pas des robots, même si on veut nous remplacer par des robots", dit un autre. L'enquête a recueilli plus de 4000 verbatim, où les salariés regrettent de n'être pas associés au plan de transformation, d'être "toujours mis devant le fait accompli".

La moitié des salariés estiment que les conditions de travail se sont dégradées avec la pandémie

La CFDT, qui présentera ces résultats à l'AG des actionnaires, souhaite travailler avec Carrefour en vue d'une "évolution positive des résultats" lors de la prochaine édition de ce baromètre en 2021. Une enquête spécifique sur internet a recueilli plus de 1000 réponses en mai sur la crise du Covid-19. Plus de 50% des salariés estiment que leurs conditions de travail se sont encore dégradées avec la pandémie.

Ils reconnaissent avoir des équipements de protection suffisants, avec un bémol chez les franchisés mais jugent les distances de sécurité insuffisamment respectées. Ils réclament des tests et craignent "très majoritairement" d'être contaminés à leur poste, d'autant que des collègues l'ont été. "Je ne peux vous donner aucun chiffre sur les contaminations et les décès, l'entreprise refusant de communiquer sur le sujet", a dénoncé Sylvain Macé.

La CFDT demande l'instauration d'un "vrai service de santé interne" doté de moyens et de professionnels de santé. Le secrétaire général de la CFDT Services Olivier Guivarch espère en outre que l'initiative "Je note ma boîte" sera reprise dans d'autres entreprises. Il regrette que la grande distribution n'ait pas agi au niveau de la branche pour la reconnaissance de l'effort fourni pendant la crise du Covid: "On a eu une course à l'échalote des patrons de la grande distribution".

Carrefour a accordé une prime de 1000 euros à ses salariés des magasins, drive et dépôts. "Il aurait été plus pertinent de raisonner sur une prime de pouvoir d'achat pour tous pour l'année 2020", a observé Sylvain Macé. Il demande aussi une réflexion sur la franchise (location gérance des magasins) qui prive les salariés des avantages sociaux de Carrefour, "alors qu'ils portent des uniformes Carrefour et fournissent les mêmes efforts".

P.L avec AFP