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Pendant ce deuxième confinement, les libraires "n'ont pas chômé"

Ce deuxième confinement aura été marqué par un important imbroglio politique autour de la fermeture des commerces. Dès les premières annonces, l’opinion publique s’est émue du sort des libraires, exclus des commerces dits "essentiels". Au terme de ces quatre semaines inédites, la situation est finalement moins mauvaise que prévu.

Alors que ce 28 novembre marque un retour à "la normale" avec la réouverture de l’ensemble des commerces, conditionné cependant par un protocole sanitaire renforcé, les libraires tirent un premier bilan de ce deuxième confinement où ils ont pu expérimenter le "click & collect" à grande échelle.

Selon Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française (S.L.F.), le chiffre d’affaires moyen en novembre, pour les 3500 librairies françaises, représente environ 40% de celui réalisé en temps normal. Cependant, il semblerait que les petites librairies qui peuvent compter sur un public proche et régulier soient parvenues à faire face à l’épreuve du confinement.

Un secteur qui résiste

A La Tête ailleurs, petite librairie parisienne de quartier, les trois gérantes sont surprises: "Nous faisons quasiment notre mois de novembre !" En effet, très satisfaites de leur résultat, elles affirment que, grâce à ce qu’elles appellent le "clic & cueillette", elles ont atteint environ 80 % de leur chiffre d’affaires habituel en cette période. L’une des gérantes, Sophie, nous confirme: "La couverture médiatique dont nous avons fait l’objet, nous libraires, a entraîné une certaine solidarité de la part de nos clients".

Pour Sylvie Lacan, gérante de la librairie Pont Virgule dans la petite ville aveyronnaise d’Espalion, même constat: "En novembre, nous allons subir une perte de seulement 10% de notre chiffre d’affaires par rapport à la même période en 2019. Le jeudi qui a précédé le confinement est dans le top 5 de nos meilleures journées en treize ans d’existence!", se réjouit-elle.

"Nous n’avons pas chômé!"

Avec ce confinement, les libraires n’ont pu faire valoir leur principal atout: le conseil. Cette période a profondément transformé leur profession. A La Tête ailleurs, Sophie le déplore: "Nous sommes devenus un entrepôt".

Les commandes sont reçues par téléphone, par email, via les réseaux sociaux ou encore les plateformes indépendantes de vente en ligne, dont le traffic a explosé. "Ce second confinement aura été très chronophage, on n’arrête pas !", souligne Sylvie de la librairie Pont Virgule. Aux préparations de commande, il faut ajouter la mise en rayons des nouveautés qui a pris du retard avec le premier confinement, et les kilomètres parcourus par les libraires à la place du client…

Mais l’humeur n’est pas à la plainte. Contrairement au premier confinement qui avait plongé les magasins dans un sommeil de deux mois, les libraires ont pu cette fois maintenir leur activité "presque normalement": ils ont ouvert leur rideau, allumé les lumières, mis en rayon, ouvert leur caisse et, surtout, gardé le lien humain avec un public à la fois fidèle et renouvelé. "On est presque gêné pour les autres commerces qui n’ont pas eu notre chance", confie Sylvie.

En revanche, pour une librairie jeunesse comme "L’Enfant lyre", située dans le XIe arrondissement de Paris, le fait que son jeune lectorat ne puisse être accueilli dans les rayons et prendre en main les livres a lourdement pénalisé l’acte d’achat, provoquant une chute des deux tiers des ventes, de quoi tout juste couvrir les frais fixes. "Heureusement que nous pouvons payer nos fournisseurs avec un délai de trois mois", se console la gérante.

Quelles perspectives à l’approche de Noël?

Pour les librairies qui sont encore loin d'avoir réalisé un chiffre d'affaires au niveau de l'an dernier, Noël donne cependant l’espoir de rattraper au moins en partie les pertes accumulées sur l’année.

"A l'issue du premier confinement, explique Guillaume Husson, les librairies accusaient une baisse moyenne de leurs ventes de 35 % sur l'année 2020". Mais les Français se sont rués vers les librairies à la sortie du premier confinement, rattrapant quasiment le retard de ventes qui n'était plus que de "8% en octobre", souligne-t-il. Reste donc aux libraires l'espoir de faire "un mois de décembre exceptionnel pour rattraper ce retard", poursuit-il.

Car si les libraires sont bien sûr satisfaits de pouvoir rouvrir, ils craignent cependant que le nouveau protocole sanitaire ne freine les clients. A la librairie "La Tête ailleurs", on appréhende la jauge fixée à 8 m2 par client: "En période de fêtes, il n’est pas rare qu’on ait 15 à 20 personnes dans la librairie. Avec les nouvelles mesures, nous pourrons seulement en accueillir six".

Afin d’éviter des queues interminables à l’extérieur de leur magasin, certains libraires vont encourager leurs clients à venir aux heures creuses pour prendre conseil et, s’ils le peuvent, à poursuivre le "click & collect".

Augustin Arnal