BFM Business
Entreprises

Les étudiants bousculent les grandes écoles sur les questions climatiques

Un bâtiment de l'Ecole normale supérieure à Paris en 2017 (photo d'illustration).

Un bâtiment de l'Ecole normale supérieure à Paris en 2017 (photo d'illustration). - THOMAS SAMSON / AFP

Face à la mobilisation de leurs élèves, les grandes écoles intègrent les questions climatiques et de développement durable à leurs formations.

La vidéo a été largement partagée sur les réseaux sociaux. En avril dernier, lors de la remise des diplômes d'AgroParisTech, huit étudiants de l'école d'ingénieurs agronomes appelaient les autres étudiants à "déserter" le cursus, dénonçant une formation qui pousserait "à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours". D'autres discours ont été remarqués lors des cérémonies de fin d'année de plusieurs grandes écoles, comme HEC ou Polytechnique.

Au-delà des coups d'éclats, les étudiants des grandes écoles sont de plus en plus nombreux à prendre la parole pour faire valoir les sujets climatiques dans leurs formations - les associations écologistes se sont multipliées ces dernières années au sein de ces écoles. Une mobilisation de plus en plus forte en interne qui pousse les formations à s'adapter pour répondre aux aspirations de leurs élèves. Près de 30.000 étudiants, notamment des ingénieurs, ont rejoint le collectif "Pour un réveil écologique" depuis sa création en 2018.

"C'est salvateur", assure Philippe Drobinski, directeur de recherches au CNRS, climatologue et professeur à l'Ecole polytechnique. "Il est important que cette génération, qui va être très affectée par le changement climatique, puisse exprimer ses inquiétudes et bousculer le monde socio-économique, et ses futurs employeurs", poursuit-il.

Montée en puissance

À Polytechnique, le nombre d'élèves assistant aux cours sur les questions climatiques, qui sont enseignées depuis une vingtaine d'années, a doublé en cinq ans. Après avoir ajouté quelques masters dédiés à ces sujets, l'école proposera également à la rentrée une "certification" en développement durable: l'objectif est qu'un élève ayant choisi une formation différente, comme la finance, puisse acquérir des compétences sur les enjeux climatiques et de développement durable et les mettre en oeuvre dans sa future carrière professionnelle.

Nouvelles formations, nouveaux modules de cours, séminaires et conférences… les grandes écoles tentent de répondre à la demande. Mais selon le think tank Shift Project, seules 26% des formations d’ingénieurs abordaient les enjeux d'énergie et de climat dans des cours obligatoires en 2019. "La dynamique est lente, mais elle prend en puissance", tient à souligner Jeanne Ledoux, vice-présidente du Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI) et étudiante à l'INSA Rennes.

"C'est difficile pour une école de changer rapidement ses formations et l'emploi du temps des élèves ingénieurs est bien chargé, ce n'est pas possible d'ajouter de nouveaux cours. Il faut alors intégrer les enjeux climatiques dans les cours déjà enseignés, mais cela pose la question de la formation des enseignants", explique-t-elle.

"Revoir les priorités"

Les écoles normales sont aussi concernées. La jeune association Effisciences a publié en mai une tribune dans Le Monde, signée par des étudiants d'Ulm, Lyon, Rennes et Saclay, appelant à "revoir les priorités" dans le choix des sujets de recherche. "Nous voulons proposer une nouvelle démarche qu ne soit pas uniquement guidée par la curiosité, mais qui partirait des problèmes prioritaires pour trouver des sujets de recherche sur les domaines négligés" que sont le climat, mais aussi les pandémies, l'intelligence artificielle ou la pauvreté, explique Tom David, étudiant et membre d'Effisciences.

Il faut "repenser nos choix de stages, nos choix de carrières", ajoute-t-il. "Ce n'est pas dire que telle chose est bien et que telle chose ne l'est pas, mais se demander où est-ce que l'on peut avoir le plus d'impact pour être efficace", poursuit Tom David, refusant l'opposition entre "changer les choses de l'intérieur et les changer de l'extérieur". Selon l'étudiant, la tribune a été plutôt bien reçue par les directions des écoles normales. L'association espère pouvoir co-construire des parcours ou des cours avec les établissements à la rentrée.

Jérémy Bruno Journaliste BFMTV