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La compétitivité française est un faux problème

"En fait en France, on peut considérer qu’on emploie le  mot compétitivité quand on veut faire comprendre aux salariés qu’on va baisser leur salaire."

"En fait en France, on peut considérer qu’on emploie le mot compétitivité quand on veut faire comprendre aux salariés qu’on va baisser leur salaire." - -

LA CHRONIQUE ECO - Le World Economic Forum a publié son classement annuel sur la compétitivité et la France recule (23e sur 148). Si cela traduit les difficultés de l’économie française, ce classement n’en reste pas moins très contestable.

La compétitivité est une des préoccupations du moment. C’est le mot à la mode au point que plus personne ne sait ce que cela signifie. Pour le Conseil économique, social et environnemental, la compétitivité inclut même le bien être de la population. En fait, l’idée de compétitivité d’u pays correspond à sa capacité à accroître ses parts de marché à l’exportation. En France incontestablement notre situation pourrait être meilleure puisque nous avons un déficit commercial important. Une fois cela dit, il faut bien voir que le commerce extérieur n’est pas un indicateur totalement pertinent de la situation d’un pays. D’abord, quand il y a un déficit, on pense souvent que c’est parce qu’on n’exporte pas assez. En fait le déficit traduit plutôt une consommation importante qui conduit à de fortes importations, si bien que les corrections que l’on opère dans des cas-là visent plutôt à réduire la consommation. Symétriquement, les pays en excédent sont en général des pays où la consommation stagne, c'est-à-dire qui épargnent beaucoup. Et ce genre de pays, ce sont surtout des pays vieux comme l’Allemagne ou le Japon. Ensuite, au niveau mondial, il est impossible d’accroître les exportations. Les Américains ont coutume de dire que le marché à l’export du monde le plus proche est la lune et qu’étant les seuls à y être allés, ils peuvent affirmer que c’est un marché décevant ...Enfin, dans certains pays les exportations sont souvent des réexportations de produits fabriqués ailleurs et assemblés sur place.

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Est-ce que cela veut dire que les discours sur la compétitivité passent à côté de la plaque ?

Dans la mesure où ils recouvrent tout et son contraire, non seulement pour ceux du monde politique en France mais aussi pour ceux qui fondent les appréciations faites par le WEF, oui. Il y a quelque chose de paradoxal par exemple à annoncer que la Finlande est une des économies les plus compétitives du monde la semaine où se confirme la déroute de Nokia… En fait en France, on peut considérer qu’on emploie le mot compétitivité quand on veut faire comprendre aux salariés qu’on va baisser leur salaire. Soit en baissant les charges, baisse qui suppose que simultanément on augmente un autre impôt, soit en baissant directement leur salaire. Or les problèmes de la France ne sont pas directement là. Tout travail mérite salaire et vouloir baisser celui des gens qui travaillent de façon efficace est à la fois injuste et inutile. Le WEF le souligne d’ailleurs, ce qui ne va pas en France, c’est le coût du secteur public, ce sont les rigidités dans les relations sociales, c’est le vieillissement des usines.

Que faut-il faire ?

Continuer à parler de compétitivité ne mange pas de pain. Mais il ne faut pas que cela empêche les vraies réformes. Deux s’imposent. D’abord, s’il y a une masse salariale à baisser, c’est celle du secteur public. Ensuite, il faut baisser les impôts des entreprises, mais de celles qui investissent, qui sont dans des secteurs nouveaux et porteurs. Les gens sont prêts à payer très cher des voitures allemandes parce que Deutche qualität ! Il faut retrouver la French touch !

Jean-Marc Daniel