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Jean-Louis Beffa: "on a étouffé l'économie"

Jean-Louis Beffa, le président d'honneur de Saint-Gobain, était l'invité de BFM Business, lundi 4 novembre.

Jean-Louis Beffa, le président d'honneur de Saint-Gobain, était l'invité de BFM Business, lundi 4 novembre. - -

Invité de BFM Business, lundi 4 novembre, le président d'honneur de Saint-Gobain n'a pas mâché ses mots pour fustiger la politique menée par le gouvernement français, dont il est pourtant un interlocuteur privilégié.

Ce n’est un secret pour personne : le gouvernement français traverse une mauvaise passe. Pire, le doute s’est installé jusque dans les rangs des interlocuteurs privilégiés du président de la République, à l’image de Jean-Louis Beffa.

Invité de BFM Business, lundi 4 novembre, le président d’honneur de Saint-Gobain et visiteur régulier de François Hollande n’a pas été tendre avec l’exécutif en place.

"J’ai été déçu par les actions menées jusqu’à présent", a-t-il notamment déclaré. "J’attends maintenant un changement de cap, c’est-à-dire une politique beaucoup plus tournée vers la réforme."

Selon lui, "on a voulu aller trop vite vers la réduction du déficit, en mettant en péril l’économie. Il faut continuer à viser le 3% (l’objectif imposé par Bruxelles, ndlr), mais il ne faut pas étouffer l’économie. On est allé trop vite, et on a étouffé l’économie."

"Au lieu de faire des réformes et d’agir sur la dépense, on est allé vers la sursaturation fiscale", a-t-il pousruivi. "C’est la deuxième grande erreur."

L'écotaxe, un texte "mal conçu"

L'ancien dirigeant de Saint-Gobain est ensuite revenu sur la fameuse écotaxe, à la base d'un mouvement de contestation de grande ampleur, notamment en Bretagne.

"Le texte est mal conçu", a-t-il affirmé. "D’abord parce que cela vise des petits camions. En Allemagne, on vise les gros camions. Je crois qu’il faut arrêter le système, digérer les conséquences extrêmement coûteuses de ce très mauvais contrat passé par le précédent gouvernement (l'écomouv'). Le plus raisonnable, pour moi, serait de mettre une sorte de vignette, de façon à ce que les gros camions payent."

"Pierre Moscovici m'a déçu"

Puis il a glissé un tacle appuyé aux services de Bercy, et en premier lieu leur patron.

"Il y a un poids trop fort de la technocratie. Il n’y a donc plus de filtrage politique, celui du terrain. A Bercy, il n’y a pas eu un filtrage suffisant du terrain. Evidemment, le terrain réagit, et on doit revenir en arrière. Il fallait faire le filtrage avant !", a-t-il lancé.

Avant de s'en prendre directement à Pierre Moscovici: "je trouve que le ministre de l’Economie et des Finances ne donne pas un poids suffisant au terrain par rapport à ce que lui propose son administration."

Un remaniement est-il donc nécessaire? "Pierre Moscovici a de grandes qualités", a répondu Jean-Louis Beffa. "Il a été un très bon ministre des Affaires européennes, mais il m’a déçu comme ministre de l’Economie et des Finances. Mais l’important n’est pas de changer les hommes, c’est de changer de politique."

Y. D.