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"On assèchera tes concurrents": les méthodes des industriels de l'huile de tournesol dénoncées par Leclerc

Invité sur RMC-BFMTV ce jeudi, le patron du groupe de grande distribution raconte les négociations qu'il a eu avec un fournisseur d'huile de tournesol.

Derrière l'inflation, des négociations redoutables. Selon Michel-Edouard Leclerc, invité ce jeudi sur RMC-BFMTV, les industriels jouent largement sur les risques de tension sur les produits, quitte à vider les stocks de certains distributeurs. A commencer par l'huile de tournesol.

"On nous dit: même Leclerc, toi qui est notre premier marché, on va te livrer mais il faut augmenter de 34% le prix d'acquisition" de cette huile, raconte Michel-Edouard Leclerc. "Et dans ces conditions, on assèchera tes concurrents et on te donnera 130% de ta demande."

Une manière pour le patron de pointer du doigt une "partie de poker menteur" derrière cette inflation. "Même Leclerc, premier distributeur français avec alliés européens, face à des comportements pareils – aucun livre n'est transparent, aucune facture n'est alignée – je demande que l'Etat, les parlementaires demandent à tout le monde de venir justifier cette part de hausse."

"Une dizaine de produits sous tension"

Car l'huile n'est seule concernée. On parle aussi de la moutarde qui a déserté de nombreux rayons. "Elle va revenir", assure Michel-Edouard Leclerc. "Là aussi, ça n'a pas grand-chose à voir avec l'Ukraine. La graine de moutarde, c’est surtout le Canada qui est le premier pourvoyeur."

"Il y a des gens qui ont acheté un peu trop de moutarde dès qu'ils ont entendu qu'il n'y en aurait pas donc les restaurateurs ont acheté de la moutarde et finalement il y a des ruptures plus que des pénuries", explique-t-il.

Selon lui, il y a "une dizaine de produits sous tensions" que le patron refuse d'énumérer. "A partir du moment où on sait que Leclerc n'a pas assez de moutarde, tous les petits vendeurs du monde entier vont nous en proposer très cher."

"Nous savons qu'en allant les chercher, nous allons rencontrer deux obstacles", souligne-t-il. "D'abord on nous voit venir et donc on va nous le vendre plus cher. La deuxième raison, c'est que ces produits-là ne sont pas vendu par des grandes marques qui ont assuré le contrôle de qualité donc avant de les mettre sur le marché […] il faut faire toute une série de contrôles."
Thomas Leroy Journaliste BFM Business