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Nouvelles accusations de détournement contre Carlos Ghosn

Selon la presse japonaise, le patron déchu aurait puisé 48 millions de dollars dans les caisses de Nissan pour les verser à deux connaissances à lui, basées à Oman et au Liban.

Les accusations contre Carlos Ghosn s'accumulent de jour en jour. Le journal japonais Nikkei en a publié de nouvelles jeudi 3 janvier. Selon cette source, Carlos Ghosn a fait verser 48 millions de dollars à deux connaissances à lui, des revendeurs Nissan basés à Oman et au Liban, son pays d'origine. Cet argent a été puisé dans "la réserve du patron", un fonds interne de Nissan que Carlos Ghosn utilisait à sa guise. La somme a transité par la filiale Nissan Middle East basée à Dubaï.

"La réserve du patron"

Il y a une semaine, Carlos Ghosn avait déjà été accusé d'avoir puisé 14,7 millions dans cette "réserve du patron" pour les verser à l'homme d’affaires saoudien, le cheikh Khaled al-Juffali. Ce dernier aurait en retour fourni à Carlos Ghosn une lettre de crédit permettant de couvrir la perte de 17,2 millions de dollars subie par le patron de Renault-Nissan dans un contrat d'échange de taux (swap) avec la banque japonaise Shinsei suite à la crise de 2008. C'est suite à cette accusation que le parquet de Tokyo a de nouveau placé Carlos Ghosn en état d'arrestation le 21 décembre, l'accusant d'abus de confiance aggravé par transfert de pertes personnelles sur les comptes de Nissan. Pour le parquet, Carlos Ghosn "a agi de telle façon qu'il y a eu abus de confiance et il a infligé un préjudice à Nissan".

Selon l'avocat de Carlos Ghosn, les 14,7 millions de dollars versés au cheikh Khaled al-Juffali se justifiaient par les services qu'il avait rendus, notamment du lobbying auprès du gouvernement saoudien, ainsi que le règlement de problèmes entre Nissan et ses revendeurs saoudiens. 

Cheikh Khaled al-Juffali est le vice-président de E.A. Juffali & Bros. Cet important conglomérat saoudien créée en 1946 est spécialisée dans l’électricité et les télécommunications, mais aussi dans le bâtiment, la construction ou encore la distribution de véhicules. Il détient la majorité de la société Al-Dahana, propriétaire de 50% de Nissan Gulf, l'autre moitié étant détenue par Nissan. A l'origine, Nissan Gulf était responsable de la stratégie marketing et commerciale et du développement des concessions en Arabie saoudite, à Abou Dhabi, au Koweït et à Bahreïn.

Garde à vue prolongée

Le 31 décembre, un tribunal de Tokyo a décidé de prolonger de nouveau de 10 jours, jusqu'au 11 janvier, la garde à vue du PDG de Renault sur des soupçons d'abus de confiance. Le juge a accepté la requête du procureur qui estime avoir besoin de plus de temps pour décider ou non d'inculper Carlos Ghosn sur ces nouvelles charges, a indiqué le tribunal.

Cette décision ne signifie pas que l'ancien patron de Nissan sera automatiquement libéré le 11 janvier ou le jour suivant, le parquet pouvant en théorie relancer une garde à vue sur de nouvelles charges. En outre, Carlos Ghosn est aussi en détention provisoire suite à la première inculpation, ce qui signifie qu'une libération ne peut avoir lieu qu'après la fin de toute garde à vue et sur acceptation par le tribunal d'une demande de mise en liberté sous caution.

L'ex-président de Nissan est détenu au Japon depuis le 19 novembre et déjà inculpé une première fois pour avoir minoré ses revenus sur 5 ans dans des documents remis aux autorités boursières japonaises.

J. H. avec AFP