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L'Europe impose aux camions de réduire fortement leurs émissions de CO2

Les camions et les poids lourds devront réduire leurs émissions de CO2 de 15% d'ici 2025 et de 30% d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2019. "Grâce à la pression du Parlement européen, les objectifs à l'horizon 2030 sont désormais juridiquement contraignants" explique la députée européenne Karima Delli.

Les camions et les poids lourds devront réduire leurs émissions de CO2 de 15% d'ici 2025 et de 30% d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2019. "Grâce à la pression du Parlement européen, les objectifs à l'horizon 2030 sont désormais juridiquement contraignants" explique la députée européenne Karima Delli. - Patrick Valasseris-AFP

L'Union européenne va limiter les émissions de CO2 des camions, qui devront les réduire de 30% d'ici à 2030. Un accord a été trouvé ce mardi 19 février entre l'exécutif européen et le Parlement. Inquiets, les constructeurs de poids lourds déplorent le manque d'infrastructures de recharge en Europe adaptées aux motorisations propres.

La lutte contre la pollution atmosphérique provoquée par les véhicules en Europe s'attaque aux poids lourds. L'exécutif de l'Union européenne (Conseil et Commission) s'est accordé avec le Parlement pour imposer aux camions une forte réduction de leurs émissions de CO2.

Selon les termes de l'accord, qui doit encore être validé par le Parlement réuni en session plénière et les 28 États membres, les poids lourds devront réduire leurs émissions de 15% d'ici à 2025 et de 30% d'ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2019. 

"Grâce à la pression du Parlement européen, les objectifs à l'horizon 2030 sont désormais juridiquement contraignants" commente la présidente de la commission Transport du Parlement, la députée européenne Karima Delli, sur son site internet.

Les constructeurs devront également s’assurer que les véhicules à faibles émissions ou à zéro émission représentent 2% de la part de marché des véhicules neufs d’ici 2025. Cette disposition vise à inciter les constructeurs à investir dans des alternatives plus propres aux camions diesel. La Commission européenne devra par ailleurs proposer en 2022 de nouveaux objectifs pour l’après-2030, conformément à l’accord de Paris.

L'objectif de réduction de CO2 a été "durci" par l'Europe

Ces objectifs de réduction de la pollution vont plus loin que la proposition initiale de la Commission européenne. Jusqu'à présent, l'UE s'était fixée des objectifs de réduction pour les véhicules légers mais jamais pour les poids lourds, qui produisent environ un quart des émissions de CO2 du transport routier (et 6% des émissions totales de CO2 de l'UE).

En revanche, la fixation d'un objectif de réduction contraignant des émissions de CO2 à l'horizon 2030 ne fait pas du tout les affaires des industriels du poids lourds. L'Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) a vite réagi, faisant part de ses "inquiétudes" face à des objectifs "très ambitieux" qui selon elle ignorent le manque d'infrastructures nécessaires au développement d'alternatives au moteur à combustion.

"Il n’existe actuellement aucune infrastructure publique de chargement ou de ravitaillement adaptée aux camions électriques ou à hydrogène. Même dans le cas de stations-service de gaz naturel (GNC et GNL) spécifiques aux poids lourds, la disponibilité reste très faible et inégale en Europe" déplore le lobby des constructeurs de véhicules.

Le lobby des constructeurs est vent debout contre ce calendrier

L'ACEA presse les pays-membres de mettre en œuvre en urgence un plan d'action pour les infrastructures à l'échelle de l'Union européenne à la lumière des quotas de vente obligatoires pour les camions à zéro émission que les institutions de l'UE ont accepté d'instaurer à partir de 2025.

"Les constructeurs de poids lourds doivent maintenant commencer à proposer des camions à émissions faibles et à bon prix, afin de permettre d'énormes économies de carburants pour l'industrie européenne du fret", a de son côté estimé Stef Cornelis, de l'ONG Transport & Environnement.

Mais pour le secrétaire général de l'ACEA Erik Jonnaert, il ne faut "pas s'attendre à ce que les opérateurs de transport commencent soudainement à acheter des camions électriques ou d'autres camions à propulsion alternative, s'il n'y a pas d'argument commercial en leur faveur et s'il n'est pas possible de recharger facilement les véhicules sur les grandes autoroutes européennes."

Frédéric Bergé avec AFP