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Comment le patron du groupe aéronautique Safran se prépare au Brexit

Alors que le flou règne autour de la sortie du Royaume-uni de l'Union européenne, le groupe Safran et son patron Philippe Petitcolin se prépare à tous les scénarios.

Comme quantité d'acteurs de la filière aéronautique, le mastodonte français Safran redoute les conséquences économiques du Brexit à venir. Que celui-ci se révèle plus ou moins ordonné. Invité ce jeudi 5 septembre sur le plateau de "12H L'Heure H" sur BFM Business, le patron de Safran Philippe Petitcolin le concède: "Pour Safran, c'est déjà un pays dans lequel nous avons énormément de choses. On a neuf sites en Angleterre, on emploie plus de 4.200 personnes en Angleterre. Donc pour nous c'est absolument vital que l'on puisse continuer à fournir, à approvisionner et à rendre nos clients tout à fait satisfaits".

La stratégie du stock

Pour pallier les déconvenues financières générées par le Brexit, le spécialiste de l'aéronautique a décidé d'anticiper. "On s'est bâti un stock supplémentaire de deux à trois semaines de composants pour être sûrs que si, au départ, avec le Brexit il y avait au niveau des douanes, au niveau des chemins entre l'Angleterre et la France des choses un peu plus longues, on pourrait continuer à produire nos équipements et nos moteurs", détaille Philippe Petitcolin.

Sur le volet de la guerre commerciale cette fois et des tensions qui se tiennent entre l'Europe et les Etats-Unis (vin français, industrie allemande, etc.), le directeur général du groupe aéronautique souligne, pour le coup, qu'il n'y a "pas vraiment" d'impact. Et ce, bien que Safran fournisse tous les moteurs de Boeing. "Pour l'instant, nous n'avons vu aucune incidence sur notre business ou même sur les choix futurs de nos clients quant à cette relation un petit peu plus compliquée qu'avant. (…) Il n'y a pas de risques, ni à court terme, ni à moyen terme. Le seul problème aujourd'hui c'est de fixer la date de la remise en vol de l'avion".

Finances aux zénith

Mais ce qui s'avère assez significatif pour le groupe industriel, c'est aussi et surtout les très bons résultats obtenus au premier semestre 2019. De fait, bien que la crise du Boeing 737 MAX ait amputé les recettes de Safran à hauteur de 200 millions d'euros au deuxième trimestre, au global, les résultats du groupe du premier semestre sont clairement au beau fixe. Même plus que cela, puisque le groupe aéronautique a dépassé ses objectifs.

"Tous (les voyants – NDLR) sont au vert", se réjouit Philippe Petitcolin. "Le chiffre d'affaires a progressé de +25%, mais plus de 14% en organique si j'enlève Zodiac et les effets de devises. Le résultat opérationnel a progressé de 35% et le cash-flow représente 62% de notre résultat opérationnel. Donc ce sont des niveaux de marges, de chiffre d'affaires et de cash que nous n'avions jamais atteints jusqu'à aujourd'hui".

En données ajustées, le groupe a enregistré un bond de 45,2% de son bénéfice net sur un an au premier semestre, à 1,35 milliard d'euros, et de 27,3% de son chiffre d'affaires, à 12,1 milliards d'euros.

Miser sur "les bons programmes"

Et si le groupe peut se targuer d'afficher de tels résultats malgré les enjeux, géopolitiques notamment, qui auraient pu peser sur sa santé financière, c'est bien parce qu'il fait en sorte de se positionner avec soin sur des projets qui se révèlent porteurs.

"Nous sommes sur les bons programmes", pointe le patron du groupe. "Des programmes qui continuent à progresser. Nous avons des activités services qui marchent très bien. (…) Les gens continuent à voyager, les avions volent donc nous avons des activités services qui sont en plein boom. (…) Nous sommes sur les bons programmes qui progressent. Et donc voilà le résultat. C'est plus de 14% en organique au niveau du chiffre d'affaires".

J.C-H