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Bruxelles prêt à bloquer la fusion entre Alstom et Siemens

La fusion avait été annoncée en septembre 2017

La fusion avait été annoncée en septembre 2017 - AFP Thomas Samson

La direction de la concurrence de la Commission européenne pourrait opposer un veto au mariage entre Alstom et la branche transports de Siemens, qui réduirait trop fortement la concurrence dans les trains.

La fusion entre Alstom et la branche transports de Siemens est dans sa dernière ligne droite. La Commission doit donner sa réponse avant le 18 février. Mais elle pourrait bien retoquer le mariage. "Bruxelles semble prêt à mettre son veto à l'opération. Le scénario d'un veto semble désormais le plus probable", affirment ce vendredi 4 janvier les Echos

La fusion avait été annoncée en septembre 2017 avant d'être signée en mars 2018. En juillet 2018, Bruxelles avait ouvert une enquête approfondie. Fin octobre, la Commission européenne avait exprimé ses inquiétudes, expliquant aux deux fiancés ce qu'elle attendait d'eux pour autoriser l'opération. La Commission avait dit craindre que cette union "ne réduise la concurrence pour la fourniture de plusieurs types de trains et de systèmes de signalisation".

Concessions insuffisantes

Le 12 décembre 2018, Alstom et Siemens avaient répondu en proposant des concessions. Le duo "estimait que cette proposition de remèdes est appropriée et adéquate", en expliquant toutefois qu'il "n'y a pas de certitude" que cela soit "suffisant pour répondre aux préoccupations de la Commission". Cette proposition portait sur une partie des activités de signalisation et sur la production de matériel roulant, pour un total d'environ 4% du chiffre d'affaires de l'entité fusionnée, soit environ 600 millions d'euros, avaient indiqué les groupes. Ces "remèdes" pourraient prendre la forme de cessions d'activité, de transfert de technologies ou d'accords de licence, avait précisé un porte-parole du groupe Alstom, précisant que "cela sera fait en concertation avec les instances représentatives du personnel".

Selon les Echos, Siemens avait assuré être prêt à céder la plateforme du Velaro Novo, son futur TGV, et Alstom, une bonne partie de son activité signalisation. Mais ces concessions étaient "manifestement inférieures" aux demandes de la direction européenne de la concurrence, ajoute le quotidien économique. Depuis, la Commission européenne consulte les clients et concurrents des deux fiancés sur les remèdes proposés.

Mauvais présage

Le 21 décembre, Bruxelles avait diffusé une lettre des gendarmes de la Concurrence britannique, néerlandaise, belge et espagnole s'inquiétant du mariage. Ils estimaient que "la perte globale de concurrence provoquée par la fusion serait très importante". "Il est clair que les remèdes proposés par les deux groupes sont loin d'être suffisants pour répondre à toutes les préoccupations", ajoutent-ils. La diffusion de cette lettre par Bruxelles avait été interprétée comme un mauvais présage quant à sa décision finale...

Soutient étatique

Ce mariage franco-allemand est soutenu par Paris et Berlin. Fin octobre, la secrétaire d'Etat auprès du ministre français de l'Economie, Agnès Pannier-Runacher avait affirmé son soutien au projet de fusion. "C'est un enjeu très important pour nous parce que, d'un point de vue industriel, l'objectif, c'est de construire des géants européens, c'est ça qui nous permettra dans la compétition mondiale, face aux Etats-Unis et aux acteurs chinois, de tirer notre épingle du jeu", avait-elle expliqué.

La fusion ferait naître un nouveau géant européen du rail, présent dans 60 pays avec un chiffre d'affaires annuel de 15,6 milliards d'euros. Alstom fabrique notamment le TGV, et la division transport de Siemens produit les trains à grande vitesse ICE.

J. H. avec AFP