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Industrie du futur : se réinventer,au delà du plan Philippe

Edouard Philippe présentait son plan d'action pour l'industrie du futur, jeudi 20 septembre, depuis le siège de Dassault Systèmes à Vélizy (Yvelines).

Edouard Philippe présentait son plan d'action pour l'industrie du futur, jeudi 20 septembre, depuis le siège de Dassault Systèmes à Vélizy (Yvelines). - BERTRAND GUAY / AFP

Le gouvernement veut entraîner les ETI à accélérer leur transformation digitale via une série de mesures d’aides fiscales et d’accompagnement. C’est bien. Mais le virage numérique est surtout une question de mentalité et d’état d’esprit. Il faut des hommes et femmes prêts à sortir de leurs silos, à penser autrement.

« Il faut recréer un enthousiasme », déclare aux Echos Laurent Burelle, PDG de Plastic Omnium et patron de l’Afep (Association française des entreprises privées). Une citation qui fait écho à la vague d’aides à l’industrie annoncées par Edouard Philippe cette semaine. Le Premier Ministre a ainsi présenté une série de dispositifs axés sur la transformation numérique de l’industrie.

La principale mesure, c'est le sur-amortissement fiscal pour les PME qui pourrait atteindre 40% dès lors que les investissements des entreprises porteront, entre janvier 2019 et 2020, sur la robotique et le numérique (objets connectés, réalité virtuelle et augmentée, impression 3D, logiciels PLM, Product Lifecycle Management, intelligence artificielle).

Un deuxième dispositif porte sur la mis en place de plateformes d’accélération en régions. L’objectif est d’amorcer ou de renforcer les liens entre PME/ETI et les centres d’ingénierie existants, instituts de recherche, Fablabs, etc. Un investissement que l’Institut Montaigne évalue entre 45 et 100 millions d’euros.

La troisième aide porte sur la sensibilisation au numérique auprès de 30 000 PME industrielles d’ici à 2022.

Une enveloppe de 500 millions d’euros

Au total, entre le sur-amortissement et les subventions, l’Etat va donc consacrer une enveloppe de 500 millions d’euros pour aider l’industrie française à prendre le virage du numérique. Il était temps !

Si les grandes entreprises se sont - à leur rythme - mises au numérique, il n’en est pas de même pour les ETI et encore moins les PME. Un espoir était pourtant né en 2015-2016 avec le plan de l’Alliance pour l’industrie du futur qui devait pousser 2000 PME de l’industrie à auditer leurs sites au travers d’un système d’aides accordées par les régions. Une évangélisation poussive due en partie à la multiplicité des acteurs et aux différences de niveau de maturité numérique entre grands donneurs d’ordres et sous traitants notamment.

Mais le point essentiel reste l’humain. Les dirigeants de ces industries sont ils tous prêts aux changements induits par la transformation numérique. Et que dire du manque de compétences. « Même si le profil idéal reste compliqué à dénicher, il est plus aisé de recruter un responsable du marketing digital quand on est une grande marque industrielle, voire même une startup, qu’une ETI en région », souligne Eddie Misrahi, président d’Apax.

Un problème de compétences et de mentalité

Et c’est là que le bât blesse. Tant que nos universités et écoles ne mettront pas les moyens pour former davantage de spécialistes à double casquette métiers/digital, tant que les entreprises ne chercheront pas à sortir de leurs silos, tant qu’elles ne seront pas poussées par leurs dirigeants prêts à investir dans le numérique - non pas pour la seule amélioration continue de leurs process mais pour imaginer les innovations de ruptures -, tant que les collaborateurs eux-mêmes n’adopteront pas des méthodes de travail plus agiles, et ne seront pas prêts à plus de souplesse dans leurs façons de travailler ou dans leurs parcours de carrière, nos industries traîneront dans leur adoption du numérique.

L’aide à l’investissement en équipements, logiciels, capteurs, etc. est cruciale mais cela fait vingt ans que l’on parle de communications machine-to-machine dans le monde industriel, de capteurs implantés un peu partout, de plateformes logicielles centralisant ces mêmes informations. Au final, l’industrie tricolore accuse toujours du retard.

Cloud, intelligence artificielle, c’est le moment d’accélérer

Et c’est pourtant le moment d’accélérer. Les données remontées par toutes les couches des process industriels sont toujours plus nombreuses et de plus en plus pertinentes. Les systèmes logiciels pour les classer et les analyser montent eux aussi en performance, le tout appuyé par la puissance du cloud pour héberger ces mêmes données et applications. Cela sans compter l’émergence des algorithmes d’intelligence artificielle qui, nourris de ces masses d’informations, vont rendre des rapports plus pertinents.

Mais si, en bout de chaîne il manque les compétences pour travailler sur ces données et leurs analyses et surtout pour faire le lien avec la chaîne industrielle, on avancera pas plus vite. Plus que la robotisation, qui doit déjà être maximale, il faut rapidement attirer les talents, des techniciens aux ingénieurs les plus talentueux. Les nourrir de digital pour les amener à penser autrement et à imaginer les services industriels de demain.

Une industrie encore à la peine en cybersécurité

Un dernier point qui n’a pas été cité par Edouard Philippe : la cybersécurité. Il est essentiel que les industriels remontent dans le classement des secteurs qui investissent le plus. Rappelons que les principales victimes du ransomware Wannacry ont été les industriels.

Frédéric SIMOTTEL