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Hervé Gastinel (Beneteau): « Transform to perform »

Sous la direction d'Hervé Gastinel, Beneteau est devenu numéro un mondial cette année, devant son concurrent américain Brunswick.

Sous la direction d'Hervé Gastinel, Beneteau est devenu numéro un mondial cette année, devant son concurrent américain Brunswick. - Crédit photo : Patrick Lazic

Le Nautic s’ouvre ce week-end, à Paris. Le fabricant français de bateaux Beneteau, numéro un mondial du secteur, espère y faire 20 à 25% de son chiffre d’affaires. Aux commandes depuis un peu plus de trois ans, Hervé Gastinel a initié un vaste plan de transformation, qui commence à porter ses fruits. Portrait.

Son cap à lui, c’est 2020, deadline du plan stratégique qu’Hervé Gastinel a baptisé « Transform to perform ». Pour l’instant, cela se passe plutôt bien : Beneteau, qui est côté en bourse, a confirmé ses objectifs et il est même devenu cette année le premier constructeur de bateaux au monde, devant l’américain Brunswick. En pleine forme, le groupe revendique une croissance deux fois plus forte que celle du marché et un chiffre d’affaires de près d’1,3 milliard d’euros. « Je crois que le plan est bien compris et qu’il commence à délivrer ses résultats », se félicite le Président du Directoire, qui nous reçoit à quelques jours de l’ouverture du salon Nautic, dans les locaux parisiens de Beneteau. Au mur un grand tableau, signé Titouan Lamazou. Il retrace l’évolution des bateaux Beneteau depuis la naissance de l’entreprise familiale, en 1884.

Passionné de voile et d’industrie

Il y a trois ans, Hervé Gastinel a été choisi pour mener la transformation en profondeur du groupe. Passionné de voile et d’industrie, il avait le profil idéal. Elevé près de l’eau, par un père soudeur dans l’industrie navale et une mère professeur de philosophie, il a été poussé à l’excellence, dans tout ce qu’il faisait. Bon élève, il a intégré l’Essec, puis l’Ena. Il a commencé sa carrière comme inspecteur des Finances, puis comme conseiller du président du Sénat de l’époque, René Monory. Rattrapé par une envie « de concret et d’opérationnel », il est entré chez Saint Gobain, dont il a dirigé pendant plusieurs années la filiale Terreal, spécialiste des matériaux de construction. Deux restructurations financières plus tard, remercié par les nouveaux actionnaires, il en est sorti rincé. Mais son amour des bateaux et sa connaissance du secteur lui ont ouvert les portes de ce qu’il appelle son « dream job », qui lui permet d’allier ses passions et d’habiter en bord de mer, puisque le siège de Beneteau est à Saint Gilles Croix de Vie. Sa femme, avocate, et ses quatre garçons sont restés à Paris. Ce sont « des sacrifices de vie personnelle qu’il a toujours été amené à faire », explique Valérie Gastinel, qui décrit « un homme libre, qu’il ne faut pas chercher à enfermer. » Quand l’agenda le permet, entre salons et déplacements à l’étranger, ils se retrouvent en famille à Paris ou dans la maison du Pouliguen (Loire-Atlantique).

À la barre de Beneteau, ces dernières années n’ont pas été une promenade de santé. Hervé Gastinel parle même de débuts « très difficiles », quand le groupe sortait d’une violente crise du secteur, avec une baisse de 40% de l’activité en un peu plus d’un an. Il y avait eu un vaste plan social et « Beneteau était un peu tétanisé, à l’arrêt », raconte Hervé Gastinel, qui s’est donné pour mission d’accompagner l’entreprise « dans une forme de croissance plus structurée », et de « la faire passer à une logique plus internationale, plus processée et plus industrialisée ».

Rapidement, il a tenu à avoir « les coudées franches ». Il salue l’engagement d’Annette Roux, héritière, figure historique du groupe, d’avoir fait en sorte qu’il n’y ait plus de membre de la famille dans les opérations. Annette Roux, membre du conseil de surveillance et présidente de la Fondation, reste très présente. Ils se parlent plusieurs fois par semaine. « Elle a une histoire et une expérience dans l'industrie du nautisme, qui sont irremplaçables, explique Hervé Gastinel. Elle attend aussi de moi, que je vienne bousculer des choses et que j’apporte des idées neuves ».

Main de fer dans un gant de velours

Débauché en 2017 de chez le concurrent Brunswick, Luca Brancaleon, directeur général du groupe, confirme : « Hervé Gastinel a amené énormément de changement et ce n’était pas chose facile, surtout dans un groupe familial. Il est exigeant, mais c'est positif, parce qu'il arrive quand même à mobiliser ses équipes ». C’est « un leader », martèle sa femme, Valérie Gastinel, qui décrit « une main de fer dans un gant de velours ». Le président de la Fédération française de voile, Nicolas Hénard, qui l’a connu lors de régates, file lui la métaphore du capitaine d’industrie, qui est aussi marin : « Il a la mentalité d’un sportif qui est là pour faire gagner ses équipes (…) Comme un skippeur, c’est un leader. Il est aussi visionnaire. Il a sûrement les idées claires sur là où il veut emmener son bateau ».

Tous reconnaissent aussi à Hervé Gastinel une vraie capacité à savoir embarquer avec lui les gens avec qui il travaille. Sans doute un héritage de ses années de politique… De cette formation plutôt généraliste, il retire « une certaine capacité à arriver avec un regard neuf sur des sujets hyper techniques ou passionnés » et « une forme de naïveté ou de curiosité », pour « apporter une touche différente ». Pour Nicolas Hénard, le patron de Beneteau est « un énarque particulier, qui a toute la caisse à outils de l’Ena et le pragmatisme du skippeur ».

Ce qui lui permet aujourd’hui d’imposer le constructeur français sur la scène mondiale et de développer le groupe à grande échelle. En trois ans, Beneteau a notamment renouvelé 40% de son plan produits, changé tout l'engineering, ré-organisé la gestion des marques entre elles, fait trois trois acquisitions et relancé le digital …« On a fait une belle remontada », sourit Hervé Gastinel, qui mise beaucoup sur l’innovation : l’innovation produit, l’innovation service et l’agilité industrielle… Dans cet esprit, Beneteau a récemment lancé Band Of Boat, une plateforme communautaire d'achat, de vente et de location de bateaux… Le digital, bien sûr, est l'un des piliers du développement du groupe, pour faire en sorte d’élargir la clientèle de la plaisance, pour que le groupe « ne meure pas avec ses clients » et qu’il reste numéro un mondial.

Pauline Tattevin