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Pourquoi Eni ou Exxon renoncent au gaz de schiste polonais

La Pologne compte sur le développement du gaz de schiste sur son territoire pour réduire sa dépendance au gaz russe.

La Pologne compte sur le développement du gaz de schiste sur son territoire pour réduire sa dépendance au gaz russe. - -

L'Italien Eni est la quatrième major pétrolière à avoir commencé à forer en Pologne à la recherche de gaz de schiste, avant d'abandonner. Des départs qui ne sont pas forcément liés au potentiel polonais.

Défections en série sur le gaz de schiste polonais. Eni, le pétrolier italien, est le dernier en date à jeter l'éponge dans le premier pays européen à se lancer sur ce marché.

Sur trois permis d'exploration détenus par l'Italien, deux d'entre eux ont expiré sans qu'ENI ne fasse de démarche pour les prolonger. Quant au troisième permis, qui court jusqu'en 2018, le groupe compte également s'en défaire.

ENI ne nie pas cette information, mais ne l'explique pas. D'autres sources évoquent des conditions géologiques difficiles et un environnement réglementaire flou. Des raisons déjà citées par trois autres groupes qui ont abandonné leurs forages exploratoires de cette énergie controversée en Pologne.

Avant Eni, Marathon Oil, Talisman Energy et Exxon Mobil ont quitté l'aventure. Parmi les grandes majors pétrolières, seul Chevron continue donc l'exploration dans le troisième pays au monde à fouiller ses sous-sols à la recherche de gaz non-conventionnel après les Etats-Unis et le Canada.

L'attractivité fiscale compte

La Pologne est considérée comme le premier potentiel européen. Ses réserves de gaz de schiste sont évaluées entre 800 et 2.000 milliards de m3. Faut-il déduire de ces abandons en pagaille que cette manne a été surévaluée? La question est "très délicate", estime Jean-Louis Shilansky, le président de la Fédération française des industries pétrolière (FFIP).

"Les grands pétroliers révisent chaque jour leurs arbitrages sur la pertinence d'explorer telle ou telle zone géographique, en fonction de son attractivité non seulement technique, mais aussi fiscale et réglementaire", explique-t-il.

Une réaction de Varsovie à venir

Une déclaration qui fait sens à l'heure où le Premier ministre britannique multiplie les mesures fiscales extrêmement avantageuses pour développer l'exploitation de ce gaz non-conventionnel au Royaume-Uni.

Un autre expert du secteur explique que le business du gaz ou de l'huile de schiste répond aux fondamentaux de l'économie pétrolière. Vu la lourdeur des investissements engagés pour l'exploration, les incitations gouvernementales pèsent indubitablement dans la balance. 

Ces grandes compagnies qui se retirent les unes après les autres sont du plus mauvais effet pour Varsovie, qui compte justement sur cette industrie pour réduire sa dépendance au gaz russe. Dès lors, ce spécialiste ne serait pas étonné de voir le gouvernement réagir après avoir réalisé qu'il a "été trop restrictif".

Nina Godart