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Les 3 obstacles à la transition énergétique

La transition énergétique doit faire face à trois obstacles principaux.

La transition énergétique doit faire face à trois obstacles principaux. - -

Les progrès technologiques permettent des énergies plus efficaces. Mais la technique ne fait pas tout. La transition énergétique est aussi une affaire de personnes et de coûts.

La réussite de la transition énergétique, bien sûr, sera affaire de technologies. Mais elle ne sera possible que si trois obstacles, qui n’ont pas grand-chose à voir avec les sujets qui passionnent les ingénieurs, sont surmontés.

> Intégrer la question sociale

Le premier est l’obstacle social. Une politique de transition énergétique efficace doit forcément encourager les changements de comportements. Et malheureusement contraindre davantage les pauvres que les riches. Le mode de vie des catégories aisées de la population est bien sûr plus émetteur de gaz à effet de serre que celui des plus démunis.

Mais, en proportion de leurs ressources, les classes populaires devront fournir davantage d’efforts pour s’adapter à un mode de vie moins énergivore (20% des revenus, contre à peine 10% pour les plus aisés). Tout simplement parce que le poids du transport et du logement dans leur consommation totale est nettement plus lourd que pour les familles aisées.

En outre, une politique efficace de transition énergétique se doit de frapper les plus nombreux, là encore les catégories populaires. Si la politique environnementale n’intègre pas la question sociale, elle risque d’accentuer l'hostilité des plus modestes aux discours moralistes sur le climat, et donc de devenir inefficace.

> Le coût élevé des renouvelables

Le deuxième est l’obstacle économique. Compte tenu du coût que représente la transition énergétique, vouloir simultanément "décarboner" l’économie et la "dénucléariser" est suicidaire. Quelles sont en effet les alternatives au nucléaire?

Les économies: la solution idéale bien sûr. Mais pas forcément suffisante. Reste donc à se tourner vers le renouvelable. Or face à un kilowatt de nucléaire installé, qui vaut environ 3.000 euros (production EPR), il faut opposer un kilowatt à 13.000 euros pour une éolienne terrestre, et le double en mer. Quant au photovoltaique, il revient aujourd’hui 50 à 100 fois plus cher que le nucléaire.

> Un obstacle politique

Le troisième obstacle enfin est politique et il est de taille, au vu du semi échec du sommet de Varsovie sur le climat fin novembre. La transition énergétique ne peut réussir que si tout le monde y met du sien. Mais aujourd’hui le message des pays émergents est clair: hors de question de nous demander autant d’efforts qu’aux pays développés, qui sont les principaux responsables de la dégradation du climat.

Or dans le scénario de référence de l’AIE d’ici à 2030, la demande d’énergie sera supérieure de 50% à son niveau actuel, et plus des deux tiers de cet accroissement seront le fait des pays émergents.

On le voit : la position de ces pays ne sera pas longtemps tenable, mais l’Occident ne leur facilite pas la tâche, dans la mesure où les Etats-Unis rejettent cette position. Et ces pays ont légitimement le droit d’être déçus par le manque d'engagement notamment financier des pays du Nord. La route qui mène à un accord lors du sommet sur le climat prévu à Paris en 2015 risque de s’avérer bien longue…

Emmanuel Lechypre