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La transition énergétique est réservée aux pays riches, estiment 64% d'entre vous

En six heures, les déserts africains captent plus d'énergie solaire que la consommation mondiale d'une année.

En six heures, les déserts africains captent plus d'énergie solaire que la consommation mondiale d'une année. - -

Les pays riches se sont lancés dans la transition énergétique, pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais les pays émergents ont-il les moyens d’une telle transition?

L’Europe et l’Amérique du Nord prévoient leur transition énergétique, pour trouver des énergies plus vertes et plus économes. "Malheureusement, quand eux arrivent à réduire leurs émissions de gaz, les pays émergents, comme la Chine, les augmentent", explique Christian N’Gô, fondateur de la société Edmonium, spécialisée dans l’énergie et les nanotechnologies.

De fait, pour 64% d’entre vous, la transition énergétique est réservée aux pays riches. Les pays asiatiques et surtout africains ont d'importantes ressources en énergies renouvelables, mais ce potentiel n’est pas souvent exploité.

La pauvreté dans l'abondance?

Ainsi, l’Afrique représente environ 9,5% de la production énergétique mondiale, mais elle ne consomme qu’environ 3% de cette production. En Afrique de l’Ouest, la consommation du bois et de ses dérivés représente entre 80 et 95% des consommations finales d’énergie des ménages. Cette dépendance sur la biomasse contribue au déséquilibre des écosystèmes.

Pourtant dans cette région, des solutions alternatives sont possibles, qu’il s’agisse de l’hydroélectricité, du solaire thermique ou photovoltaïque, des bioénergies, ou encore de l’énergie éolienne.

La République de Guinée avec son potentiel hydraulique de 6.000 MW en a mis en valeur seulement 2%. Ceci pourrait permettre d’approvisionner les pays voisins alors que le pays n’arrive pas à alimenter convenablement sa capitale. C'est un bel exemple de "pauvreté énergétique dans l’abondance", principale caractéristique des pays africains.

On peut citer encore d'autres initiatives comme la centrale hydroélectrique de Sahanivotry à Madagascar, les projets de modernisation des centrales du barrage d’Inga au Congo, de création de la centrale électrique de Bujagali en Ouganda, et de l’usine hydroélectrique Itezhi-Texti en Zambie. D’autres initiatives sont prises dans les domaines de l’énergie solaire et éolienne en Afrique du Sud, de l’énergie éolienne au Cap-Vert, de la bioénergie en Sierra Leone où l'on convertit de la de canne à sucre en éthanol.

Pouvoir payer l'électricité

Le Sahara, lui-même, fait rêver avec le projet Desertec. Très séduisant sur le papier quand on sait qu' "en six heures, les déserts captent plus d’énergie du soleil que l’humanité entière n’en consomme en un an". Le but: développer d’importantes capacités de production d’énergies renouvelables pour ensuite exporter l’électricité vers l’Europe. 400 milliards d’euros sont tout de même nécessaires.

Malheureusement les acteurs ne s'entendent pas sur la stratégie à mener. Siemens et Bosch ont jeté l'éponge. Au cours de l’été 2013, la Desertec Foundation, qui regroupe les acteurs de la société civile participant au projet, a, à son tour, claqué la porte.

Pour certains c'est une fausse bonne idée car l'Europe ne manque pas d'énergie. Construire des infrastructures de transport des deux côtés de la Méditerranée coûte très cher, sans parler des obstacles politiques et réglementaires.

Dans les pays émergents, vouloir distribuer de l’électricité à une population qui ne peut pas la payer représente bien le principal obstacle au développement de la transition. L'amélioration des revenus est la clé pour mettre un terme à ce paradoxe: 500 millions d’Africains possèdent un téléphone portable, alors qu’ils sont 700 millions à ne pas avoir d’électricité.

Nathalie Croisé de BFM Business