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Jean-Pierre Clamadieu nommé président d'Engie: un désaveu pour Isabelle Kocher

VIDÉO - Le patron de Solvay doit être désigné ce mardi pour succéder à Gérard Mestrallet. Un choix incontestable pour ce patron reconnu, mais qui ne satisfait pas la directrice générale Isabelle Kocher.

Après plusieurs semaines de tractations, les jeux sont faits. Jean-Pierre Clamadieu va devenir le prochain président d’Engie, en remplacement de Gérard Mestrallet dont le mandat expire en mai prochain. L’actuel PDG du chimiste franco-belge Solvay faisait figure de favori depuis une quinzaine de jours comme l’avait révélé BFM Business.

Le conseil d’administration du groupe se réunit ce mardi pour entériner sa nomination en tant qu’administrateur. Il sera ensuite élu président lors de l’assemblée générale le 18 mai prochain.

Depuis quelques semaines, une liste de quatre prétendants avait été proposée par le comité des nominations aux administrateurs d’Engie. La directrice générale, Isabelle Kocher, avait souhaité donner son avis sur le choix du futur président, arguant qu’elle devrait travailler avec lui. Elle semble s’être battue contre la candidature de Jean-Pierre Clamadieu ces dernières semaines, préférant un président moins expérimenté qui aurait moins pesé sur la stratégie du groupe.

Un choix incontestable

Ces derniers mois, elle n’a surtout cessé de militer pour devenir PDG alors que l’État, actionnaire à 24%, lui avait refusé cette fonction depuis près d’un an), préférant scinder les fonctions de directeur général et de président non-exécutif.

Mais la directrice générale a continué à jouer son va-tout. Au point de provoquer l’agacement de la présidente du comité des nominations, Françoise Malrieu. "Il y a eu des échanges de mails courroucés, explique une source proche. Elle a recadré Isabelle Kocher". L’actuel président, Gérard Mestrallet y était aussi opposé. "Il disait en privé qu’il ferait tout pour l’empêcher d’être PDG" explique un de ses proches.

Le choix de Jean-Pierre Clamadieu est à la fois incontestable et une mauvaise nouvelle pour la patronne d’Engie. Il dirige l’ex-Rhodia depuis 2003, et après l’avoir redressé, l’a marié au belge Solvay. Il connait bien le monde de l’industrie et de l’énergie, le chimiste Solvay étant d’ailleurs un des grands clients d’Engie. Depuis quatre ans, il est à chaque fois cité comme prétendant à la direction d’EDF, puis d’Areva, et enfin d’Engie.

Un désaveu pour Isabelle Kocher

A peine nommé, beaucoup craignent des relations tendues entre Isabelle Kocher et Jean-Pierre Clamadieu. En 2015 a eu lieu leur premier conflit. À l’époque, l’État souhaitait le propulser administrateur d’Engie. Clamadieu connaissait bien la patronne du gazier pour la fréquenter au conseil d’administration d’Axa et ils s’appréciaient. Mais la directrice générale d’Engie a vu son arrivée comme une menace. "Elle l’a appelé et demandé fermement de ne pas devenir administrateur", expliquent plusieurs sources. "De manière agressive et sans y mettre les formes".

Cet épisode, peu connu, illustre l’ambiance au sein de la future gouvernance d’Engie. L’ombre de l’Elysée, méfiant et agacé par l’activisme d’Isabelle Kocher, plane lourdement sur le choix de Jean-Pierre Clamadieu. "C’est une claque pour elle, un désaveu" résume un bon connaisseur du groupe.

Lorsqu’il était ministre de l’Économie, Emmanuel Macron était opposé à sa nomination en tant que directrice générale, en 2016. "Il ne lui faisait pas confiance, justifie un de ses proches de l’époque. Il avait même tenté de lui trouver un remplaçant". Mais il avait alors perdu son arbitrage face à la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal.

Après deux années de guerre entre Isabelle Kocher et son président Gérard Mestrallet, l'Etat ne laisse toujours pas les mains libres à la directrice générale d’Engie.

Matthieu Pechberty