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Démantèlement nucléaire: un rapport parlementaire étrille les plans d'EDF

La centrale nucléaire de Brennilis (Finistère) en cours de déconstruction.

La centrale nucléaire de Brennilis (Finistère) en cours de déconstruction. - Fred Tanneau - AFP

Le démantèlement des centrales nucléaires françaises sera plus long, plus difficile et plus coûteux qu’anticipé par EDF indique un rapport parlementaire.

Un rapport parlementaire publié mercredi 1er février indique qu'EDF, exploitant en France un parc nucléaire composé de 58 réacteur en activité et de 9 installations à l'arrêt, ferait preuve d'un excès d'optimisme en matière de démantèlement du parc atomique tricolore. "D’autres pays se sont engagés dans le démantèlement de leurs centrales. Les retours que nous en avons contredisent assez régulièrement l’optimisme dont fait preuve EDF, tant sur les aspects financiers que sur les aspects techniques du démantèlement" souligne le rapport d’information.

Selon ce document, EDF estime à 75 milliards d’euros les charges brutes pour le démantèlement de l’ensemble de son parc, dont 36 milliards ont déjà été provisionné par le biais notamment d’un portefeuille d’actifs dédiés. Or, "le coût du démantèlement risque d’être supérieurs aux provisions" estiment les députés Julien Aubert (LR) et Barbara Romagnan (PS), auteurs de ce rapport. Ils soulignent que la faisabilité technique "n’est pas entièrement assurée" et que les travaux de déconstruction prendront "vraisemblablement plus de temps que prévu". 

Alors que la doctrine prévalant en France veut que le démantèlement des réacteurs arrêtés intervienne immédiatement, EDF a déjà reporté de plusieurs décennies le démantèlement de six anciennes installations au graphite-gaz, arrêtés pour la plupart depuis plus de 30 ans. 

Le démantèlement homogène du parc est remis en cause

Pour justifier ses chiffres, EDF fait valoir des économies d'échelle qui découleront, selon lui, d'un effet de série lié à la standardisation du parc. Le groupe estime d'ailleurs le coût du démantèlement en extrapolant à l'ensemble des sites les charges estimées pour une centrale générique de quatre réacteurs de 900 mégawatts, celle de Dampierre (Loiret).

Or "le postulat de départ selon lequel le démantèlement de l'ensemble du parc sera homogène est remis en cause par certains spécialistes qui arguent que chaque réacteur a une histoire particulière avec des incidents différents survenus au cours de son histoire", souligne le rapport.

EDF table aussi sur une mutualisation des coûts basée sur le fait que les sites en démantèlement se trouveront forcément à proximité de tranches en service ou en construction. Ce qui sous-entend un renouvellement du parc nucléaire actuel alors que la loi de transition énergétique limite à 50% la part de l'atome dans l'électricité produite en France à l'horizon 2025.

"Un sous-provisionnement manifeste"

En outre, l'énergéticien omet certaines dépenses lourdes, comme les taxes et assurances, la remise en état des sols contaminés, le retraitement du combustible usagé ou encore l'impact social du démantèlement, énumèrent les auteurs du rapport, entrevoyant "un sous-provisionnement manifeste". 

Pour "retarder l'échéance du démantèlement et permettre à ses provisions d'atteindre le niveau requis", le groupe fait aussi le pari d'un allongement de la durée de vie de ses installations à 50 voire 60 ans. 

Face à ces constats, le rapport insiste sur "la nécessité de rediscuter sérieusement la stratégie globale de démantèlement". Une piste est aussi de favoriser la mise en concurrence, en lançant des appels d'offres pour la déconstruction des centrales. 

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A.M. avec AFP