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Climat: les villes se mobilisent

Réussir l'adaptation tout en maintenant la culture et le passé. Le défi de la résilience.

Réussir l'adaptation tout en maintenant la culture et le passé. Le défi de la résilience. - Getfunky

En plus du défi de la densification, les agglomérations du monde entier vont devoir faire face aux risques liés au dérèglement climatique. Avec une remise en question profonde des modes de fonctionnement et de gouvernance classiques. Bonne nouvelle, les initiatives se multiplient à travers le monde et le savoir-faire est bien là.

La ville c’est la vie. Et la vie c’est l’adaptation. De tous temps, les cités ont dû trouver la réponse à l’intrusion de facteurs extérieurs, -agressions, migrations, climat-, ou intérieurs, -croissance, technologie, transports… Mais c’était en raison de contraintes locales.

L’un des premiers facteurs de changement, c’est l’environnement immédiat. La ville de Växjö en Suède fait figure de cas d’école en matière de prise de conscience et de résilience: face à un problème majeur de pollution des lacs alentours au début des années 70, celui-ci qui a donné lieu à la conversion d’un modèle de développement et de gouvernance détourné, à terme, des énergies fossiles.

Consommation énergétique, problématique de déchets ou d’approvisionnement, déplacements, santé… les conditions, si ce n’est de survie, mais de vie harmonieuse, sont parmi les raisons qui poussent les citoyens, les habitants de la cité, à faire évoluer leur cadre de vie.

Aujourd’hui, le risque est globalisé

Avec le dérèglement climatique, tel que décrit par les experts du GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat), c’est sur l’ensemble des villes, et plus largement des lieux d’habitat, de la planète que pèse la menace: montée des eaux, amplification des phénomènes météorologiques naturels (tornades, orages), incendies, épisodes de canicules, crues…

Comme le rappelle le réseau C40-Climate Leadership Group, qui regroupe 207 grandes agglomérations à travers le monde qui modifient leur mode de fonctionnement, les villes c’est l’endroit dans lequel se génère 80% du PIB mondial (entre 72.689 milliards et 74.899 milliards de dollars en 2013).

De fait, le risque financier estimé, se monte à 4 trillions (4 milliards de milliards ou 418) de dollars à horizon 2030! C’est à dire un véritable impact sur la production économique et industrielle. Idée largement admise, puisque 76% des 207 villes membres du C40 ont indiqué que le changement climatique pourrait impacter leur activité économique. Et par voie de conséquence, le développement social.

Comme le précisait Michael Bloomberg, maire de New-York entre 2005 et 2009, envoyé spécial des Nations Unies pour les villes et le changement climatique auprès de Ban Ki-Moon depuis janvier 2014, lors d’une conférence à l’OCDE en septembre dernier "c’est des villes que viendra le changement". Les états étant, d’après lui, trop souvent paralysés par des luttes politiciennes, c’est par la pression des citoyens sur les édiles que les choses pourront évoluer plus rapidement. De fait, Bloomberg Philantropies, la fondation que l’ancien maire dirige, s’attache à "mesurer et diffuser les bonnes pratiques des villes qui ont fait leurs preuves afin de les transformer en politiques". 

Comme pour lui donner raison, les marches du 21 septembre 2013, dans plusieurs capitales du monde, ont rassemblé jusqu’à 400.000 personnes pour peser sur la transition énergétique. Les élus des territoires pourront-ils encore longtemps ignorer ces mobilisations ?

En France, la COP21 est une formidable occasion de mobilisations

En décembre prochain, la COP21 (Conférence des Parties de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015) se tiendra à Paris. L’enjeu est de parvenir à un accord mondial contraignant pour maintenir le réchauffement en deçà de 2°C.

Un an avant, les projets se multiplient pour contribuer à cet objectif. Le dispositif Solutions COP21 qui rassemble entreprises, institutions et réseaux, veut valoriser les initiatives pionnières. Lors de sa conférence du 18 décembre dernier "Une feuille de route pour un agenda positif climat !", une table-ronde intitulée "les territoires, laboratoires pour les solutions climats" faisait la part belle aux initiatives des villes et régions. L’occasion pour Energy Cities, dont les objectifs sont similaires à ceux du C40 mais à l’échelle européenne, de rappeler par la voie de sa représentante Claire Rouvet que les citoyens "sont très souvent déclencheurs de changements", en précisant que "c’est encore trop souvent dans le cadre d’accidents ou problèmes environnementaux".

Également l’occasion pour des villes comme Bordeaux de lister les nombreuses réalisations faites par la communauté urbaine pour baisser significativement l’empreinte carbone des bâtiments publics, réseaux de chaleur ou des transports ; mais aussi pour des territoires, tels que les Pays de la Loire, dont le premier vice-président Christophe Clergeau, incitait "l’État à faire confiance aux territoires qui sont les vrais chef de file de la transition énergétique". L’appel est lancé.

Un savoir-faire qui s’exporte

Car c’est un fait, les territoires sont des lieux d’innovation, de mobilisation et de grand savoir-faire. Un savoir-faire qui s’exporte.

C’est le rôle de Vivapolis, né en septembre 2013, avec l’ambition de porter à l’international l’offre française en matière de ville durable. Un an après sa création, sa représentante Michèle Pappalardo, dresse le constat suivant : "Vivapolis a permis de vérifier que la France a des richesses dont elle n’a pas conscience. Beaucoup de Français, en effet, ne comprennent pas comment on peut chercher à exporter "la ville durable à la française". Ils n’ont pas conscience du trésor que représentent nos villes, toutes différentes mais aussi toutes reconnaissables comme "bien françaises", qui ont su évoluer au cours des siècles et qui font rêver les étrangers qui viennent les visiter. Impressionnés par les quartiers "modèles" qu’ont su promouvoir les Allemands (Francfort), les Anglais (BedZED), ou les Suédois (Hammarby), ils ne reconnaissent pas nos propres réussites que viennent de loin visiter les spécialistes étrangers à Lyon, Paris, Bordeaux, Nantes, Lille, Nice ou Grenoble…

Et surtout, ils ne mesurent pas la force de l’offre française dans ce domaine, qui réunit un grand nombre de leaders mondiaux tant dans le bâtiment et le génie civil, que dans les services urbains ou la mobilité́, sans oublier nos grands architectes ainsi qu’une nuée d’entreprises, de taille souvent plus modeste, mais avec une expertise de premier plan, notamment en matière d’ingénierie et d’innovation tant technique que sociétale".

Sans doute un autre "french paradox". Mais qu’il faudra dépasser, en faisant en sorte que les fortes attentes des citoyens, le savoir-faire, la capacité d’innovation de nos entreprises et la volonté, tout au moins la capacité d’écoute, de ceux qui ont en charge la conduite des territoires, puissent se rencontrer efficacement en vue de réussir la résilience des nos villes faces à des enjeux souvent décrits comme unique dans l’histoire de l’humanité. 

Comme l’a dit Laurent Fabius en ouverture de la conférence Solutions Cop21 : "N'écoutez pas les gourous du désespoir. Il y a des solutions et nous avons les moyens d'agir".

Yves Cappelaire