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Emmanuel Macron a des privatisations dans ses cartons

Emmanuel Macron a été élu le 7 mai.

Emmanuel Macron a été élu le 7 mai. - Patrick Kovarik - AFP

Lorsqu'il était ministre de l’Économie, le futur locataire de l'Élysée avait étudié la cession de nombreuses participations de l'État. Des projets qui pourraient revenir à l'ordre du jour.

S’il y a un domaine qu’Emmanuel Macron connaît bien ce sont les participations de l’État dans les entreprises. Le futur président de la République les avait scrutées comme banquier chez Rothschild avant de les gérer lorsqu’il était ministre de l’Économie. Lors de son arrivée à Bercy, à l’automne 2014, il avait annoncé la cession de 10 milliards d’euros d’actifs publics. Il a notamment privatisé les aéroports de Toulouse, Lyon et Nice pour 2 milliards et vendu les 13% de l'État dans Peugeot à la Banque publique d’investissement (BPIFrance) pour près de 2 milliards. Enfin, il a vendu pour 2 milliards d’euros d’actions Safran et s’est également allégé dans Engie et Orange. Mais surtout, Emmanuel Macron a validé les investissements de 7,5 milliards d’euros pour recapitaliser EDF et Areva. Il avait aussi investi 1 milliard d’euros pour monter au capital de Renault. Une participation de 4,9% qu’il avait promis de revendre, ce qui n’a toujours pas été fait…

Les privatisations

Des privatisations, il y en aura peu car l’État contrôle peu d’entreprises publiques. Exit les tabous comme La Poste, SNCF, la RATP, EDF ou Areva. En revanche, après avoir privatisé les aéroports de province, nul doute que le président de la République engagera la privatisation de Paris Aéroport dont l’État détient 51%. Selon plusieurs sources, il avait déjà étudié ce projet en 2015. Il avait tenté de l’introduire dans la "loi Macron" car l’opération nécessite un changement d'ordre législatif. Finalement, le Premier ministre Manuel Valls s’y était opposé. Au sein du groupe qui gère Roissy et Orly, on s’attend sans nul doute à ce que cette opération soit menée durant le quinquennat.

Autre sujet qui arrivera vite: DCNS. L’État contrôle 63% du constructeur naval aux côtés de Thales. Son patron Hervé Guillou milite depuis un an pour un rapprochement avec l’italien Fincantieri, avec qui il vient d’entrer au capital des chantiers de Saint-Nazaire. Selon nos informations, Emmanuel Macron était favorable à cette opération qui pourrait permettre à l’État de descendre au capital, peut-être sous le seuil majoritaire de 50%. Bercy avait d’ailleurs étudié cette option en fin d’année dernière. Le patron de DCNS remettra le sujet sur la table dans les prochains mois.

Enfin, la privatisation de la FDJ (Française des Jeux) est un serpent de mer qui reviendra nécessairement. Cette opération est régulièrement évoquée depuis près de dix ans! Emmanuel Macron et son administration, l’Agence des participations de l’État (APE), l’avaient envisagée fin 2014, lorsqu’il était ministre de l’Économie. Mais il s’était heurté à un blocage sévère de Christian Eckert, le secrétaire d'État au Budget. En tant que percepteur de taxes, la FDJ est en effet sous sa tutelle.

Ventes de participations

Ministre, Emmanuel Macron prévoyait aussi d’utiliser la loi Florange pour vendre des participations de l’État tout en maintenant son influence dans les entreprises grâce aux droits de vote double. C’est notamment le cas chez Engie dont l’État détient 29%. Il pourrait descendre jusqu’à 20% du capital tout en conservant ses pouvoirs actuels. Emmanuel Macron a toujours déclaré qu’il considérait que l’État était trop investi dans le secteur de l’énergie, d’autant plus depuis les sauvetages d’EDF et d’Areva. La participation dans Engie diminuera donc inévitablement durant le quinquennat.

Il envisageait aussi de le faire chez Orange où l’État et la Banque Publique d’Investissement (BPIFrance) détiennent ensemble 23%. Il pourrait vendre jusqu’à 3% du capital sans perdre la minorité de blocage en assemblée générale. La perspective d’un rapprochement avec Bouygues, envisagé à deux reprises en deux ans, pourrait le pousser à attendre. Même si Emmanuel Macron a toujours compté sur le rôle de l’État en tant que régulateur pour peser sur le secteur des télécoms. Ce qui pourrait lui permettre de vendre encore un peu plus d’actions détenues par l’État.

Dans les secteurs réglementés comme l’énergie, les télécoms, ou dans les infrastructures, la doctrine "macronienne" est claire: l’État n’a pas besoin de conserver d’importantes participations dans les entreprises. Il peut y exercer son influence à travers la régulation et la réglementation. C’était notamment dans cette optique qu’il avait mis en place l’autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer).

Arbitrages politiques

Alstom est le premier dossier industriel qu’Emmanuel Macron devra trancher. Suite au rachat par General Electric de la division énergie en 2014, l’État a emprunté 20% du capital d’Alstom détenu par Bouygues. En octobre prochain, il devra décider s’il rachète ses titres ou s’il les rend à son actionnaire historique. Lorsqu’il était à Bercy, Emmanuel Macron ne faisait pas mystère que cette situation avait été décidée par son prédécesseur Arnaud Montebourg et qu’il n’y était pas favorable. Peu de chances qu’il choisisse de dépenser 1,3 milliard d’euros pour rester dans une entreprise qui se porte bien. Pas sûr pour autant qu’il acte d’une sortie totale d’un fleuron industriel qui risquerait d’être racheté par un groupe étranger. Peut-être mettra-t-il en œuvre sa doctrine favorite, la loi Florange? Elle permet l’attribution de droits de vote double pour les actionnaires de long terme, donc l’État. Emmanuel Macron avait imposé au groupe Bouygues d’appliquer cette disposition chez Alstom. Sûrement pour en profiter plus tard. L’État pourrait ainsi racheter seulement 10% du groupe pour maintenir son représentant au conseil d’administration.

Si ses promesses de ministre l’engagent à l’Élysée, Emmanuel Macron devrait aussi revendre la participation de l'État dans Renault. Bercy promet que ce sera fait comme il l’a promis à Nissan, l’autre grand actionnaire du constructeur français. Pourtant, cela traîne depuis un an et demi. Seul problème, les titres ont été acquis à un cours élevé, en avril 2015: autour de 90 euros. "Nous avons eu trois fois l’occasion de revendre avec une plus-value, nous confiait récemment une source à Bercy. Mais comme l’État siège au conseil d’administration, nous ne pouvons pas vendre quand nous le souhaitons. C’est très réglementé". Ces trois "fenêtres" correspondaient à des périodes précédant des conseil d’administration pendant lesquelles l’État ne pouvait pas vendre ses titres. Et quand il le pouvait, le cours de Bourse de Renault avait à nouveau baissé.

Matthieu Pechberty