BFM Business

Radio France: pourquoi le chantier ne peut pas être arrêté

Le chantier a cinq ans de retard

Le chantier a cinq ans de retard - BFM Business

Le PDG Mathieu Gallet propose de suspendre le chantier de la Maison de la radio pour faire des économies. Mais cela paraît quasi-impossible...

Le 23 mars, Mathieu Gallet a proposé "un moratoire sur les prochaines phases du chantier" de la Maison de la radio. Le jeune PDG assure "avoir entendu l'exaspération et l'inquiétude que suscitent la réhabilitation, et ses conséquences sur l'équilibre financier de Radio France". En effet, le coût de ce chantier a explosé pour atteindre 584 millions d'euros. A tel point que Radio France n'a plus l'argent pour le financer, et projette de recourir à l'emprunt...

Problème: suspendre le chantier paraît quasi-impossible pour de nombreuses raisons. 

Une tour infernale qui brûle en 11 minutes

D'abord, Radio France ne s'est pas lancé dans ce chantier par caprice, mais pour des raisons de sécurité. En 2003, dans la foulée du 11 septembre 2001, la résistance au feu du bâtiment avait été estimée par une commission de sécurité. Verdict: avec sa structure métallique, la tour centrale brûlerait en 11 à 40 minutes, sans même avoir le temps d'être évacuée... Très loin de la norme de deux heures exigée pour un immeuble de grande hauteur (IGH) et datant de 1973...

La préfecture de police de Paris ordonna alors l'évacuation de la tour centrale, de la radiale et de la petite couronne, qui eut lieu en 2004. France Inter se retrouva alors dans un immeuble voisin, avenue du général Mangin.

Mais ce n'est pas tout: au cours du chantier, de l'amiante fut aussi découvert.

Retard = surcoût

Enfin, et non des moindres, tout arrêt du chantier entraîne automatiquement un surcoût. En effet, les prestataires du chantier peuvent alors réclamer des indemnités -dans le passé, elles ont déjà obtenu plusieurs millions d'euros pour ce motif.

Surtout, un report du chantier nécessite de louer d'autres locaux dans l'intervalle. Ceci est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles a explosé le coût du chantier a explosé, qui a déjà près de cinq ans de retard: son achèvement, promis initialement pour 2013, est aujourd'hui prévu en 2018.

Des pistes de simplification

Face à ce casse tête, une solution serait de suspendre uniquement la réhabilitation des studios de moyens, qui était prévue après la fin du chantier principal. C'est la piste évoquée par Mathieu Gallet dans un message interne aux salariés. Ces studios servent à enregistrer des émissions en public, les fictions de France Culture... Toutefois, de l'amiante y a été découvert. Surtout, cela nécessiterait sans doute de renégocier avec la préfecture de police, qui, jusqu'à présent, a seulement permis que leur réhabilitation ait lieu dans un délai de deux ans après l'achèvement du chantier principal. L'autre piste envisagée est de suspendre les travaux autour de la porte D, précise Radio France.

Autre piste: simplifier le chantier en supprimant ce qui n'est pas indispensable. Cette piste a aussi été évoquée par Mathieu Gallet, qui veut commander "une expertise indépendante pour préciser comment terminer le chantier, et distinguer ce qui est nécessaire, pour la sécurité et la mise aux normes, de ce qui ne l'est pas." Pourrait ainsi être remis en question l'installation de caméra vidéo dans tous les studios, ou les studios de production de France Inter, "qui ne sont plus indispensables au vu de l'évolution des technologies", estime un ancien dirigeant.

Interrogé, le ministère de la Culture n'a pas répondu.

Règlements de comptes en vue

La Cour des comptes doit publier prochainement un rapport sur Radio France, qui abordera largement la dérive du chantier. L'enquête des magistrats de la rue Cambon a rapidement tourné au règlement de comptes entre les trois PDG successifs qui ont géré le chantier et se sont tous renvoyés la balle: Jean-Paul Cluzel (2004-2009), Jean-Luc Hees (2009-2014) et Mathieu Gallet (depuis 2014). En particulier, la direction actuelle a apparemment imputé les dérives sur ses deux prédécesseurs, qui n'ont pas apprécié...

Jamal Henni