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L'interminable chantier de la Maison de la radio

Avant de partir, l'ancien PDG Jean-Luc Hees a discrètement revu à la hausse le budget du chantier

Avant de partir, l'ancien PDG Jean-Luc Hees a discrètement revu à la hausse le budget du chantier - BFM Business

La fin de ce chantier titanesque a été reportée à 2018, voire même à 2020 si l'on tient compte de finitions mineures. Parallèlement, son coût a doublé, pour atteindre 584 millions d'euros.

Nouveaux retards dans le chantier titanesque de la Maison de la Radio. La nouvelle direction de Radio France indique désormais que le chantier ne sera pas fini avant 2018. Soit cinq ans de retard après l'échéance initialement prévue (2013).

Un glissement avait déjà eu lieu sous le PDG précédent, Jean-Luc Hees. Lorsqu'il avait pris ses fonctions, la fin était promise pour février 2016. Puis juste avant de quitter ses fonctions, il repoussa discrètement la date à fin 2017.

Mieux: le chantier ne sera pas totalement fini en 2018. Car il restera encore plusieurs travaux mineurs à faire, qui n'avaient pas été évoqués jusqu'à présent: les façades, les toitures et les studios moyens, où sont enregistrées les fictions de France Culture, des émissions en public... "Les travaux dans ces studios moyens seront achevés au maximum deux ans après la fin des travaux de réhabilitation", indique la direction. Ce qui nous mène à 2020...

Retard = surcoût

Pour ne rien arranger, tout retard entraîne mécaniquement un surcoût. En effet, cela prolonge la location des bureaux temporaires utilisés pendant les travaux.

Résultat: le coût du chantier a encore été revu à la hausse. Précisément, juste avant son départ, Jean-Luc Hees a discrètement validé un nouveau budget de 584 millions d'euros. Soit plus du double du budget initial (267 millions d'euros).

Nouvelles exigences en cours de route

Toutefois, le retard du chantier n'est pas le responsable principal de cette facture salée. "Les dépassements sont dus pour au moins plus de la moitié, voire les deux tiers à des décisions de l’entreprise. L’entreprise a décidé des nombreux travaux supplémentaires, mises à niveau et améliorations, qui n’étaient pas prévus initialement: augmentation du nombre de cloisons amovibles, de prises électriques, installations vidéo dans les studios…", indique la députée socialiste Martine Martinel, se basant sur une analyse de la mission de contrôle économique et financier.

Il y a un an, un intervenant du chantier de la Maison de la Radio faisait le même diagnostic: "la principale difficulté rencontrée est que le chantier n'avait pas été défini au départ de manière assez précise par Radio France. Le chantier a donc été modifié à de très nombreuses reprises alors qu'il avait déjà démarré".

Indépendant de sa volonté?

Radio France confirme avoir rajouté en cours de route de la vidéo dans les studios ou l'auditorium, mais avance aussi d'autres facteurs indépendants de sa volonté, comme le durcissement de la réglementation, et les aléas du chantiers. Mais ces facteurs extérieurs "ne seraient pas responsables de plus d'un tiers des dépassements", selon Martine Martinel.

La députée ajoute: "la tutelle indique avoir été alertée très tardivement de ces surcoûts, pas avant février 2014. Cependant, la Cour des comptes et la mission de contrôle s’accordent à estimer que la pression exercée par les tutelles sur l’entreprise de manière générale, et dans ce dossier en particulier, a été insuffisante, le conseil d’administration s’étant contenté de constater les dépassements".

Il manque 50 millions...

Les responsabilités devraient être précisées par le rapport de la Cour des comptes, attendu pour le 10 mars.

Enfin et non des moindres, le nouveau PDG Mathieu Gallet a déclaré que "Radio France n'a plus les moyens d'assumer sa part de financement" du chantier, et a donc demandé une rallonge à l'Etat actionnaire. "Avant l'incendie du 31 octobre dernier, il restait à trouver 50 millions d'euros pour terminer les travaux", selon le sénateur UMP Jean-Pierre Leleux.

Un chantier à un demi-milliard d'euros

Le coût du chantier se décompose en deux parties:

-l'investissement: il était chiffré initialement à 172 millions en 2004. Il a été revu à la hausse à 289 millions en 2007; à 345 millions en 2010; à 340,8 millions en 2012 (valeur en euros 2008); et enfin fin 2013-début 2014 à 385,8 millions (valeur en euros 2008), soit 430 millions en valeur actualisée.

-le fonctionnement: il était chiffré à 95 millions en 2007, puis a été revu à la hausse à 116 millions en 2010, à 122 millions en 2012; et enfin à 154 millions fin 2013-début 2014.

Jamal Henni