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Publicité: Radio France accusé de ne pas respecter les règles

Mathieu Gallet essaie de convaincre Fleur Pellerin d'assouplir les règles

Mathieu Gallet essaie de convaincre Fleur Pellerin d'assouplir les règles - Bertrand Guay AFP

Les radios privées accusent les chaînes publiques de diffuser des spots publicitaires non autorisés par les textes.

Radio France a besoin d'argent. La semaine dernière, les Echos chiffraient le besoin à 50 millions d'euros pour boucler le budget, qui devront être trouvés en faisant des économies, mais aussi en développant les ressources propres.

Hasard ou coïncidence? Les radios publiques réclament au même moment un assouplissement des règles en vigueur en matière de publicité. Ces règles, qui datent d'une trentaine d'années, sont "très contraignantes", déplorait le PDG Mathieu Gallet en septembre sur BFM Business.

Mathieu Gallet change d'avis

Certes, Mathieu Gallet avait, lors de sa candidature, assuré qu'il "n'envisageait pas de modification du cadre réglementaire de la publicité". Mais il a rapidement changé d'avis face à la situation...

Le jeune PDG a donc pris son bâton de pèlerin pour aller convaincre le gouvernement d'assouplir ses règles. Interrogé, le ministère de la Culture répond que le sujet n'a pas encore été arbitré.

Bronca des radios privées

Sans surprise, les radios privées sont vent debout contre tout assouplissement. Réunis dans le Bureau de la radio, Europe 1, RTL, NRJ et RMC (qui appartient au même groupe que ce site web) ont écrit à la rue de Valois en septembre pour tirer la sonnette d'alarme.

Dans ce courrier, les radios privées accusent au passage leurs rivales publiques de ne pas respecter les règles qui leur sont imposées.

Le parrainage représente un quart des recettes

Premier sujet de conflit: le parrainage, qui représente un quart des recettes publicitaires. Il est réglementé par une décision du gendarme de l'audiovisuel de 1988, qui interdit de parrainer "les journaux, les émissions d'information, et les rubriques qui leur sont intégrées, ainsi que les chroniques d'opinion".

Problème: "un certain nombre de messages de parrainages ne nous paraissent pas en conformité avec ces règles", pointe la lettre du Bureau de la radio, qui cite le parrainage sur France Inter de la météo et du point route. Ou sur France Info, le parrainage du Tour de France ou de la Coupe du monde de football. Sur France Inter, la majorité du parrainage (12 sur 20 millions d'euros bruts) est même engrangé dans la matinale... Interrogé, Radio France répond que les chroniques parrainées ne sont pas de l'information mais "du service", et considère que la matinale n'est pas une émission d'information... 

Rappels à l'ordre du CSA

Second sujet de conflit: la publicité classique. Elle aussi est encadrée par les textes -en l'occurrence le cahier des charges, qui liste les annonceurs possibles, et donne mission au CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) de faire respecter ces règles. Mais, régulièrement, le service public franchit la ligne jaune, et se fait taper sur les doigts.

Ainsi, en 2004, le gendarme de l'audiovisuel a écrit pour protester contre la diffusion de spots en faveur de CIC Assurances-Serenis, Assurances Banque Populaire Vie, et Écureuil Assurances IARD. Puis, en 2012, France Bleu a été mise en garde suite à une publicité pour Carrefour, puis mis en demeure suite à un spot pour Leclerc. Parallèlement, France Inter a été mis en garde deux fois de suite pour des annonces en faveur de Vinci Autoroutes, La Poste Mobile et Pacifica (filiale du Crédit Agricole Assurances). 

Lecture très extensive

En revanche, Radio France diffuse -apparemment sans rappel à l'ordre- moult publicités pour les mutualistes (Crédit agricole, CIC, Gan, Matmut...) ou des coopératives (Krys). Cela grâce à une lecture très extensive de son cahier des charges (cf. ci-dessous). En effet, ce texte autorise les "publicités collectives et d'intérêt général", toutefois tant qu'elle ne sont pas des "publicité de marques déguisées"...

Le CSA admet lui-même que le cahier des charges fait l'objet de "problèmes récurrents d'interprétation", et a écrit sur ce point l'été dernier au ministère de la Culture. 

La publicité à Radio France

Chiffre d'affaires (en millions d'euros)
2009: 39,4 2010: 41,8 2011: 41,3 2012: 40,4 2013: 40,4  2014: 42 2015: 40,5 (budget) 2016: 42 (budget)

Durée (moyenne quotidienne, en minutes)
2008 : 20 min 48 2009 : 20 min 7 2010 : 24 min 15 2011 : 26 min 13 2102 : 24 min 39 2013 : 27 min 03

Répartition par antenne (en millions d'euros, en 2013)
France Inter: 18,6  France Bleu: 9,6 France Info: 8,7

Sources: rapports d'activités, bilans du CSA

Le cahier des charges de Radio France

"Radio France est autorisée à programmer et à faire diffuser des messages de publicité collective et d'intérêt général.

La publicité collective et d'intérêt général comprend: 
-la publicité pour certains produits ou services présentés sous leur appellation générique, -la publicité en faveur de certaines causes d'intérêt général, -la publicité effectuée par des organismes publics ou parapublics, -les campagnes d'information des administrations présentées sous forme de messages de type publicitaire.

Toute publicité collective qui présente directement ou indirectement le caractère de publicité de marques déguisée est interdite".

Jamal Henni