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Quand Jamel Debbouze était condamné pour tapage nocturne

En 2013, Fimalac avait acheté 50% du Comedy Club pour un demi-million d'euros

En 2013, Fimalac avait acheté 50% du Comedy Club pour un demi-million d'euros - AFP François Lo Presti

SÉRIE D'ÉTÉ: LES STARS DANS LE PRÉTOIRE. Premier épisode de notre série, où l'on s'intéresse au Comedy Club, la salle de spectacles de l'humoriste qui empêche ses voisins de dormir...

L'affaire n'a jamais été ébruitée, car Jamel Debbouze s'est bien gardé d'en faire la publicité. Tout débute en juillet 2006 avec une émission qui débarque sur Canal Plus. Il s'agit d'un show d'un genre nouveau: le Jamel Comedy Club, qui fait découvrir au grand public le stand up en général, et des humoristes comme Fabrice Eboué ou Thomas Ngijol en particulier.

L'année suivante, le spectacle live organisé avec la troupe au Casino de Paris puis en tournée rencontre aussi le succès. Jamel Debbouze songe alors à se doter d'une salle de spectacle permanente à Paris. En juillet 2007, il loue un ancien cinéma porno située sur le boulevard Bonne Nouvelle, à la lisière du 2ème et du 10ème arrondissement. Refaite à neuf, cette salle de 120 places ouvre le 11 avril 2008 sous le nom de Comedy Club

Plus de 50 décibels à une heure du matin

Outre le stand up, le Comedy Club est aussi une salle de concerts, et une boîte de nuit. "Le Comedy Club ne dort pas! Pour les amoureux de la vie nocturne, il se transforme en night club où se rencontrent badauds et célébrités jusqu’au petit matin... De quoi faire vibrer les boiseries", annonce fièrement son site web

De quoi faire le bonheur des noctambules, mais pas du tout celui des voisins. En particulier, les habitants de l'immeuble mitoyen, détenu par la Financière Craunot. Celle-ci porte plainte fin septembre 2008 auprès de la police, qui missionne un "inspecteur de salubrité". Mi-octobre, des mesures du bruit sont effectuées sous contrôle d'huissier: on relève 50 à 55 décibels entre 0h45 et 1h40 du matin dans la salle de bains d'un appartement mitoyen... La préfecture envoie alors une lettre à Jamel Debbouze: "L'étude acoustique montre que le niveau sonore dépasse la tolérance admise par les textes". En novembre, une locataire, excédée, s'en va, et aucun nouveau locataire ne veut la remplacer.

Du clubbing à la place des concerts

La Financière Craunot saisit alors la justice pour obtenir la fermeture du Comedy Club tant que des travaux d'insonorisation ne sont pas réalisés. Mais le tribunal de grande instance de Paris préfère d'abord nommer un expert. Ce dernier conclut: "Le Comedy Club semble avoir voulu ignorer les contraintes acoustiques liées à l'exploitation d'un tel établissement". Selon l'expert, aucune étude acoustique n'a été réalisée avant l'ouverture. Sept mois après l'ouverture, une étude d'impact a bien été faite, mais elle est "demeurée inachevée et totalement incomplète", et donc ne peut permettre "une exploitation légale" de la salle. Certes, des travaux d'isolation ont bien été effectués, mais par des "entreprises sans compétences professionnelles en acoustique". 

Pour se défendre, Jamel Debbouze argue avoir remplacé les concerts après 23h par du clubbing. Mais l'expert rétorque que cela peut aussi faire du bruit...

L'expert demande donc au Comedy Club d'effectuer des travaux d'insonorisation, et ce dès octobre 2009. Mais le Comedy Club ne respecte pas le calendrier fixé par l'expert. La Financière Craunot saisit alors à nouveau la justice. En janvier 2010, le tribunal de grande instance décide que le Comedy Club devra payer 3.000 euros à chaque fois que des bruits excessifs seront constatés après 23h...

41.000 euros de dommages

Finalement, Jamel Debbouze effectue enfin les travaux d'insonorisation à l'été 2010, à une période où la salle est fermée de toutes façons. En janvier 2011, l'appartement mitoyen trouve enfin un nouveau locataire. La Financière Craunot saisit alors une nouvelle fois la justice pour se faire rembourser les loyers perdus. En 2013, le tribunal condamne le Comedy Club à payer 36.225 euros (soit l'équivalent de 25 mois de loyer), plus les frais d'huissier (2.549 euros), plus les frais de justice (2.500 euros). Jamel Debbouze fait appel, mais en vain. Il se retourne aussi vers le propriétaire à qui il loue la salle, l'accusant d'avoir fourni une salle "non conforme à sa destination commerciale", mais là encore en vain...

Mais, entre temps, l'humoriste a convaincu le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière d'investir dans sa salle de spectacle. En 2013, sa société Fimalac prend 50% du capital pour un demi-million d'euros. Largement de quoi combler les pertes de la salle (qui reste déficitaire) et de payer les voisins mécontents...

Contactée, l'attachée de presse de Jamel Debbouze n'a pas répondu. 

Retrouvez les autres épisodes de la série ici.

Les résultats du Comedy Club (en euros)

Chiffre d'affaires:
2014: 571.400
2015: 880.600

Résultat net
2014: -319.800
2015: -588.900

Source: comptes sociaux

Jamal Henni et Simon Tenenbaum