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Procès Bettencourt: l'empire Courbit était-il un bon investissement?

Le tribunal doit décider si Stéphane Courbit a commis un "abus de faiblesse" envers Liliane Bettencourt

Le tribunal doit décider si Stéphane Courbit a commis un "abus de faiblesse" envers Liliane Bettencourt - François Guillot AFP

En 2010, Liliane Bettencourt avait acheté 20% de l'empire Courbit pour 143,7 millions d'euros sur la base d'un plan d'affaires optimiste, qui n'a pas toujours été tenu.

Après s'être diverti avec François-Marie Banier, le procès Bettencourt aborde mercredi 11 février un sujet plus financier. Durant deux jours, le tribunal correctionnel de Bordeaux va se pencher sur les 143,7 millions d'euros investis en 2011 par Liliane Bettencourt pour prendre 20% de l'empire de Stéphane Courbit. 

Suite à cet investissement controversé, l'homme d'affaires comparait pour "abus de faiblesse", et risque théoriquement jusqu'à 3 ans de prison et 375.000 euros d'amende.

Un empire surévalué

Dans l'ordonnance de renvoi, les juges d'instruction critiquent cet investissement chez Stéphane Courbit dont "l’intérêt financier ou social n’est pas démontré".

Surtout, l'ordonnance de renvoi estime que l'empire Courbit a été surévalué. Précisément, l'opération le valorisait 575 millions d'euros. Cette valorisation était fondée sur un rapport du banquier d'affaires Jean-Marie Messier, qui était le conseil de Liliane Bettencourt dans cet investissement. En pratique, son rapport valorisait l'empire Courbit entre 490 et 660 millions d'euros.

Un montant contesté par les juges d'instruction: "Ce rapport est établi sur les seules données fournies par le groupe de Stéphane Courbit, sans études extérieures objectives". Surtout, "les prévisions économiques établies dans le rapport Messier étaient fondées sur des données optimistes et projections économiques favorables, et donc incertaines, voire incomplètes, expliquant les difficultés financières consécutives".

Chute dans les jeux en ligne

Selon une enquête des Echos, ce rapport tablait sur une croissance du chiffre d'affaires de plus de 10% par an, un rythme souvent plus rapide que celle du marché et celle des concurrents. 

Avec le recul, ces prévisions se sont avérés trop optimistes dans les jeux en ligne, qui représentaient, selon J2M, la moitié de la valeur de l'empire Courbit. Le chiffre d'affaires, après avoir atteint un plus haut en 2010, s'est ensuite effondré, sans jamais retrouver ce niveau. En moyenne, le produit des jeux engrangé a décru de 4% par an en brut, et 8% en net. Chez Stéphane Courbit, on avance plusieurs explications: "le marché du poker a été moins important qu'espéré, la réglementation a été plus lourde que prévue, et enfin Betclic s'est volontairement retiré de plusieurs marchés, comme l'Espagne ou la Grèce". Surtout, la chute des recettes a fini par être enrayée, et Betclic enfin renoué avec la croissance l'an dernier.

Croissance dans l'énergie et l'audiovisuel

En revanche, la croissance a bien été supérieure à plus de 10% par an dans les deux autres pans de l'empire Courbit: l'énergie et la production télé, qui ont enregistré des croissances respectives de 40% et 24% par an en moyenne. Toutefois, cette croissance est en partie due à des rachats. Par exemple, Direct Energie a quasiment doublé de taille en rachetant Poweo en 2012.

Toutefois, la question de savoir s'il était avisé d'investir chez Stéphane Courbit est maintenant devenue théorique. En effet, l'homme d'affaires vient, à la veille du procès, de racheter ses 20% à la famille Bettencourt pour une somme légèrement supérieure à la mise de départ. 

Mise à jour: la porte parle de Stéphane Courbit rappelle que Stéphane Courbit avait commandé au cabinet Triago une étude aboutissant à une valorisation comprise entre 573 et 737 millions d'euros. 

Banijay n'ira pas en bourse cette année

"Nous envisageons à l’horizon 2015, parmi d’autres options, une introduction en bourse de Banijay, mais cela n’est pas acté à ce stade", déclarait Stéphane Courbit aux Echos il y a un an et demi.

Si l'année 2015 était évoquée, c'est parce que les actionnaires de Banijay, arrivés en 2008, ont le droit de sortir à compter de cette année. Dans le jargon financier, on dit que les actionnaires peuvent activer une clause de liquidité, par exemple en introduisant la société en bourse, ou en revendant leurs parts librement. 

Mais, aujourd'hui, une source proche du dossier indique que cet projet d'introduction "n'est pas d'actualité pour 2015".

Rappelons que Banijay est détenu par la Financière Lov de Stéphane Courbit (35%), la famille De Agostini (17,1%), le groupe Arnault (17%), la famille Agnelli (17,1%) et Jean-Paul Bize (14%).

La société (qui revendique une marge brute d'exploitation de 12,5% en 2014) se présente comme le premier producteur indépendant dans le monde, et le premier producteur audiovisuel en France en volume. L'Hexagone représente près d'un quart des revenus.

L'évolution du chiffre d'affaires (en millions d'euros)

Banijay (production audiovisuelle)
2010: 203 2011: 260 2012: 294 2013: nc 2014: 400

Direct Energie (énergie)*
2010: 346 2011: 357 2012: 591 2013: nc 2014: 900

Betclic Everest (jeux)**
2009: 200 2010: 326 2011: nc 2012: nc 2013: 240 2014: 270

Source: sociétés

*produit des activités ordinaires, inclut Poweo à partir de mi-2012

**produit brut des jeux

Jamal Henni