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La haute couture a deux nouvelles représentantes

Depuis 2013, Schiaparelli défilait pour la haute couture en tant que membre invité.

Depuis 2013, Schiaparelli défilait pour la haute couture en tant que membre invité. - Patrick Kovarik - AFP

Schiaparelli et Julien Fournié viennent d'obtenir l'appellation haute couture. Un statut juridique de prestige qui impose plus qu'il ne rapporte aux marques.

Deux nouvelles maisons bénéficient désormais de l'appellation "haute couture". Schiaparelli et Julien Fournié font donc désormais partie de ce club ultra-select qui ne compte que 15 marques en France. À savoir Chanel, Christian Dior, Givenchy, Jean Paul Gaultier, Maison Martin Margiela, Giambattista Valli, Franck Sorbier, Adeline André, Alexandre Vauthier, Alexis Mabille, Maurizio Galante, Stéphane Rolland et Yiqing Yin. Normalement, seules elles ont le droit de défiler lors de la semaine de la haute couture, prévue cette année du 22 au 26 janvier.

L'appellation née en 1945 est à l'époque distribuée à une centaine de maisons. Ce label est délivré par le ministère chargé de l'industrie, épaulé par la Chambre syndicale de la couture, celle qui organise les défilés. Un statut juridiquement protégé qui comprend des obligations. Il impose par exemple à la maison qui en jouit que chaque vêtement soit une pièce unique, c'est-à-dire 100% originale, confectionnée sur mesure, à la main, et conçue dans les ateliers par un créateur permanent avec un nombre minimal de personnes.

2.000 clientes à travers le monde

Les deux maisons qui viennent d'en être récompensées répondent toutes deux à ces critères. Schiaparelli, c'est la marque créée par Elsa Schiaparelli dans l'après-guerre. Après être tombée en désuétude dans les années 90, elle a été rachetée en 2007 par l'homme d'affaires italien Diego Della Valle, patron du groupe Tod's. Après une parenthèse de 60 ans, elle a recommencé à fouler les podiums en 2013. Julien Fournié, 41 ans, a de son côté lancé la marque éponyme il y a très peu de temps, en 2009. Il réalise ses collections dans un mini-atelier d'une petite dizaine de personnes, 3 à 4 mois à l'avance.

Les deux marques défilaient déjà en haute couture depuis quelques saisons. Mais seulement en tant que membres invités, au même titre que certaines prestigieuses maisons étrangères. Dès lors, quel intérêt avaient-elles à décrocher l'appellation haute couture? Ce domaine qui constitue le luxe par excellence, l'essence de l'exclusivité et du faste, n'a que très peu de clientes à travers le monde. Entre 200 et 2.000 ultra-riches modeuses, parmi lesquelles très peu de Françaises. Le marché se situe aujourd'hui plutôt aux Émirats, en Russie, en Amérique et en Asie.

40.000 euros la pièce

Comme dirait l'historien de la mode Olivier Saillard, "il ne faut pas se mentir, la haute couture c'est une industrie sous acharnement thérapeutique". Elle produit des vêtements trop chers (pas moins de 40.000 euros la pièce) et pas assez vendus. Elle n'est surtout pas rentable. Le coût de fabrication de ces pièces uniques, mêlant tissus précieux, broderies, plumes ou fourrures, empêche de générer une quelconque marge. Chez Julien Fournié, toutefois, on peut trouver des modèles à moins de 20.000 euros, un prix bien en-deçà de ceux pratiqués par les grandes maisons.

Mais alors pourquoi cette appellation désuète et non rentable perdure-t-elle? Parce que c'est un laboratoire créatif, expliquent les marques. Chez Julien Fournié, on innove grâce à un logiciel permettant de dessiner des silhouettes en 3D. En outre, faire de la haute couture permet de perpétuer des savoir-faire qu'aucune école n'enseigne. Des techniques de broderie, de chapellerie, de plumasserie, qui autrement, tomberaient dans l'oubli. Enfin, ce titre représente une vitrine à l'international, qui permet à la France de conserver sa suprématie dans la mode.

Karine Vergniol, édité par N.G.