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Grève à Radio France: quel impact sur l'audience?

Le pdg Mathieu Gallet avec le directeur délégué aux antennes Frédéric Schlesinger

Le pdg Mathieu Gallet avec le directeur délégué aux antennes Frédéric Schlesinger - Martin Bureau AFP

Selon la direction, la grève fait perdre un million d'euros de publicité par semaine, et pourrait faire reculer l'audience d'un point.

Confrontée à la plus longue grève dans le groupe depuis dix ans, la direction de Radio France a brandi jeudi 26 mars la menace d'une fuite des auditeurs, privés depuis huit jours de leurs émissions. Et, en toute logique de quelques jours encore, puisque le mouvement a été prolongé jusqu'au lundi 30 mars inclus.

"Chaque jour de grève, on perd des auditeurs qui seront difficiles à récupérer", déplore la direction, qui explique avoir reçu près de 200 messages d'auditeurs hostiles à la grève depuis le début du conflit, lancé par les syndicats par crainte d'un plan d'économies et de réductions d'emplois. "Ils sont très frustrés de ne plus avoir d'antennes, surtout avec l'actualité de cette semaine. Ils se sentent pris en otages", assure-t-elle.

Jusqu'à un point d'audience en moins

Mais, pour l'heure, impossible de quantifier toute perte d'audience. Les résultats des radios pour la période janvier-mars, attendus mi-avril, permettront seuls de mesurer son ampleur.

"Si la grève continue jusqu'à demain soir, on risque de perdre entre un demi-point et un point d'audience (soit quelque 500.000 auditeurs) sur France Bleu, France Info et France Inter", a pronostiqué Frédéric Schlesinger, directeur délégué aux antennes et aux programmes, interrogé par l'AFP. "C'est d'autant plus important que cette audience sera allée chez nos concurrents. Après, 80% vont revenir en quinze jours ou trois semaines, mais il y a une perte d'audience qui sera importante et durable", prévient-il.

De la publicité en moins

En période de grève, Radio France "perd un million d'euros par semaine" de recettes publicitaires, fait par ailleurs valoir la direction. Un manque à gagner qui va se prolonger, selon elle, le prix des espaces publicitaires étant calculé sur la base de l'audience des stations.

"C'est un épouvantable gâchis quand une radio s'arrête pendant tant de jours et coupe le lien avec ses auditeurs. Ce sont des mois de travail, d'efforts, qui sont ruinés", soupire un présentateur de France Inter, sous couvert d'anonymat. A ses yeux, l'enjeu est de savoir "comment et quand les auditeurs vont revenir". "On a mis un an et demi à retrouver les auditeurs perdus lors de la grève de janvier 2013", qui avait paralysé les antennes de France Inter pendant une semaine, assure-t-il.

Argument rejeté par les syndicats

Ce à quoi les syndicats répondent qu'en défendant l'emploi, ils se battent aussi pour la qualité des programmes, gage de la fidélité du public. "Si on fait la grève, c'est pour que les auditeurs continuent à avoir les programmes qu'ils aiment, puisque c'est ça qui, au fond, est menacé", fait valoir Philippe Ballet, délégué Unsa.

Renaud Dalmar, représentant CFDT, abonde: "Nos auditeurs apprécient la différence Radio France. (...) Si on veut continuer à faire de la radio comme on en fait, pour les auditeurs qui aiment ce qu'on fait, ça vaut ce sacrifice."

"Par le passé, les auditeurs sont toujours revenus", relativise pour sa part Valeria Emanuele (SNJ, non gréviste), qui explique leur fidélité par la singularité de certaines antennes comme France Culture.

"Risque de perte d'auditeurs"

Pour autant, l'attachement aux stations de l'entreprise publique, que le sociologue Denis Muzet, président de l'Institut Médiascopie, juge "presque idéologique", n'est pas sans faille, selon lui. "Il y a un risque réel de perdre des auditeurs", estime-t-il.

Le sociologue des médias Jean-Marie Charon pense, lui, qu'"il n'y aura pas de décrochage prolongé", les stations de Radio France ayant des "identités fortes". Rien de comparable, selon lui, avec des "transformations de grilles qui ne fonctionnent pas", parfois dévastatrices en termes d'audience. Le groupe public dispose à ses yeux d'un autre atout: "Le public de Radio France n'est pas très jeune. Là aussi, c'est un facteur de stabilité des pratiques."

Valls demande l'arrêt de la grève

"Il faut que cette grève s'arrête. Il faut que le dialogue social reparte sur de bonnes bases et il faut que Mathieu Gallet, comme la ministre Fleur Pellerin lui a demandé, nous fasse des propositions pour redresser Radio France. Il faut que Mathieu Gallet assume pleinement ses responsabilités. Je vous rappele qu'il a été nommé par le CSA", a déclaré le premier ministre Manuel Valls sur Radio classique/iTélé vendredi 27 mars, au 9e jour de grève.

Mercredi, la ministre de la Culture Fleur Pellerin avait convoqué le PDG pour lui demander des explications. 

J. H. avec AFP