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Exclusif: accord secret entre Vivendi et Jean-Marie Messier

Jean-Marie Messier et sa compagne à New York à l'automne 2009 durant les audiences de la 'class action'

Jean-Marie Messier et sa compagne à New York à l'automne 2009 durant les audiences de la 'class action' - -

Le groupe, officiellement fâché avec son ancien dirigeant, paye discrètement les frais d'avocat de J2M dans la procédure de 'class action' intentée par des actionnaires américains.

Officiellement, Vivendi est très fâché contre Jean-Marie Messier. Par exemple, dans le procès pénal contre l'ex-PDG qui se tient en ce moment devant la cour d'appel, Vivendi siège sur le banc des victimes. "Dans ce procès, Vivendi est partie civile, du côté des actionnaires et contre Messier", se flattait en 2010 le président du conseil de surveillance Jean-René Fourtou.

En réalité, la fâcherie a discrètement pris fin depuis déjà plusieurs années. Le groupe et son ancien dirigeant ont même secrètement conclu un accord en juin 2007 concernant les frais d'avocats de J2M.

Cet accord stipule que Vivendi prend à sa charge tous les frais d'avocats dans la procédure collective (class action) menée par des actionnaires américains aux Etats-Unis. L'accord inclut aussi le procès intenté à New York par Liberty Media, le groupe du magnat américain John Malone. Et, selon un accord similaire, Vivendi a aussi pris en charge les frais d'avocats dans la class action de Guillaume Hannezo, l'ancien bras droit de J2M.

173.000 euros par mois de frais d'avocat

Interrogé, Vivendi refuse aussi de dire combien d'argent le groupe a ainsi versé. Mais les frais d'avocats de J2M dans la class action s'élèvent sans doute à des millions de dollars -voire des dizaines de millions.

En effet, la class action est une procédure complexe et surtout longue -elle dure depuis onze ans. Et J2M avait choisi un cabinet d'avocats prestigieux, King & Spalding, qui compte aussi pour clients Coca Cola, General Electric, Google, IBM... On sait qu'au printemps 2010, les frais d'avocat de J2M refacturés par King & Spalding à Vivendi s'élevaient 173.000 dollars par mois en moyenne...

Une banque d'affaires très profitable

Jean-Marie Messier aurait donc eu un peu de mal à payer seul ces frais d'avocats. Aujourd'hui, ses revenus proviennent de son activité de banquier d'affaires, qu'il a lancée après son départ de Vivendi. Lors du procès en première instance, il avait déclaré des revenus de 25.000 euros par mois. Le 28 octobre, lors de l'ouverture du procès en appel, il a porté la somme à 30.000 euros par mois, et y a ajouté une partie variable en fonction des résultats de sa banque d'affaires, qu'il a chiffrés à un million d'euros en 2012.

En réalité, certaines années ont été bien meilleures. En effet, d'autres chiffres ont été rendus publics lors d'un procès intenté contre J2M par Fatine Layt, son ancienne associée dans sa banque d'affaires. Selon elle, Messier Partners LLC, la branche américaine de cette banque d'affaires, a reversé 8,4 millions d'euros de profits à J2M au titre de l'année 2005. Et Fatine Layt estimait ses dividendes à 9 millions de dollars pour 2006...

250 millions d'euros de frais d'avocats

Jusqu'en 2010, les frais d'avocats de Vivendi comme de Jean-Marie Messier ont été pris en charge par des assurances. Mais ces fonds ont été quasiment épuisés dès 2007, d'où la nécessité de trouver une autre solution.

Si Vivendi a toujours honoré les factures des avocats de Guillaume Hannezo, le groupe a revanche suspendu en mars 2010 les paiements au cabinet de J2M. Furieux, celui-ci avait alors porté plainte mi-décembre 2010 contre le groupe devant la cour suprême de l'Etat de New York (la plainte est disponible ici). Mais, moins d'un mois plus tard, l'affaire fut réglée avant même d'être jugée, les parties ayant visiblement trouvé un accord amiable.

Au total, les frais de procédure déboursés par Vivendi dans cette class action (essentiellement pour payer les propres avocats du groupe) ont été chiffrés à 250 millions d'euros par le président du conseil de surveillance Jean-René Fourtou lors de l'assemblée générale d'avril 2010.

Critiques en public

Interrogé, Vivendi refuse d'expliquer pourquoi il a payé les frais d'avocats de J2M. Mais on peut supposer que l'intérêt du groupe était que J2M n'accable pas Vivendi dans cette class action, mais que J2M soit au contraire solidaire -ce qui s'est effectivement passé.

Néanmoins, cet accord détonne avec l'attitude publique des dirigeants de Vivendi, très critiques à l'égard de J2M (cf. ci-contre). En particulier, Jean-René Fourtou fera tout pour ne pas verser d'indemnités de départ à son prédécesseur. En 2003, il engagera une procédure d'arbitrage sur ce point, où il affrontera le cabinet King & Spalding, c'est-à-dire exactement le même cabinet qu'il paiera quatre ans plus tard...

Enfin, Vivendi refuse aussi d'indiquer si le groupe a pris ou non en charge les frais d'avocat de son ex-PDG dans d'autres procédures, même si cela paraît peu probable.

Interrogé à plusieurs reprises, Jean-Marie Messier n'a pas répondu.

Jamal Henni