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En cassant sa tirelire pour Cyril Hanouna, C8 a creusé ses pertes

Malgré des audiences et des recettes publicitaires en progression, l'ex-D8 a vu ses pertes augmenter l'an passé de 67%. La chaîne est notamment plombée par le mirifique contrat accordé à l'animateur de TPMP.

Depuis sa relance il y a quatre ans, C8 voit ses audiences progresser, et donc ses recettes publicitaires aussi. En 2016, l'ex-D8 a encore vu son chiffre d'affaires progresser de 11%, pour atteindre 151 millions d'euros.

Hélas, les coûts augmentent encore plus vite. L'an dernier, les achats de programmes ont bondi de 30%, à 103 millions d'euros. Résultat: la chaîne, qui a toujours été déficitaire, ne se rapproche pas de l'équilibre, mais s'en éloigne au contraire. Ses pertes ont augmenté de 67% pour atteindre 50 millions d'euros.

Contrat mirifique

Interrogée sur la hausse du coût de grille, la chaîne n'a pas répondu. Mais cette hausse provient -au moins en partie- des émissions commandées à Cyril Hanouna. En effet, le mirifique contrat avec l'animateur a commencé à s'appliquer à la mi-2016. Il garantit 50 millions d'euros de commandes par an à sa société, H2O Productions, contre 19 millions d'euros dans le contrat précédent. Logiquement, l'impact négatif de ce contrat devrait être encore plus fort sur les comptes de 2017.

Ce contrat, négocié personnellement par Vincent Bolloré, comprend notamment Touche pas à mon poste, qui, selon les estimations, représente 40% à 50% des recettes publicitaires de la chaîne. Mais, à côté de ce succès, le contrat comprend aussi moult autres émissions produites par Cyril Hanouna, aux résultats plus mitigés: Il en pense quoi Camille, L'oeuf ou la poule, Derrière le poste, Touche pas à mon sport, Pour nous c'est cadeau, Big buzz quiz... Hormis la première, toutes ces nouvelles émissions ont aujourd'hui été arrêtées, faute d'audience.

420 millions d'euros de pertes cumulées

Au final, l'ex-Direct 8 est bien parvenue à se hisser au premier rang des chaînes TNT, mais au prix d'importantes pertes: 420 millions d'euros cumulés depuis sa création, soit les pertes les plus importantes de toutes les chaînes TNT.

A noter que Cyril Hanouna, dans le cadre de son contrat en or, produit aussi des émissions pour la petite soeur C Star, comme Show le matin, Le van ou le Repley de la semaine. Mais le même phénomène se produit pour l'ex-D17. En 2016, son chiffre d'affaires a progressé de 11%, à 39 millions d'euros. Mais ses achats de programmes ont progressé de 25%, à 18 millions d'euros. Résultat: ses pertes ont doublé (-10 millions d'euros).

Interrogé, Canal Plus, propriétaire de C8 et C Star, n'a pas répondu. "Les chaînes gratuites, dont D8 et D17, sont en train de gagner leur pari de l'audience et de la rentabilité", assurait Vincent Bolloré, il y a un peu plus d'un an. "D8 et D17 sont dans la rentabilité. D17 gagne même plus d 'argent que D8", avait-il ajouté le 21 avril 2016 lors de l'assemblée générale de Vivendi.

Les résultats de C8

Part d'audience (en %)
2012: 2,3 2013: 3,2 2014: 3,3 2015: 3,4 2016: 3,4

Chiffre d'affaires (en millions d'euros)
2012: 57 2013: 106,3 dont publicité 98,7 2014: 129,5 dont publicité 113,9 2015: 135,9 dont publicité 120,9 2016: 150,9 dont publicité 138,5

Dépenses d'achat de programmes (en millions d'euros)
2013: 53,5 2014: 72,8 2015: 79,6 2016: 103,4

Résultat net (en millions d'euros)
2012: -62,4 2013: -32,7 2014: -24 2015: -30,1 2016: -50,3

source: Médiamétrie, comptes sociaux

Recul des recettes de la régie

Les spots publicitaires de C8 et C Star sont vendus par Canal Plus Régie, qui assure aussi la régie de CNews, des tranches en clair de Canal Plus, des chaînes thématiques du groupe (Planète+...), et de clients externes (Viceland, Non Stop People, UGC).
En 2016, les commissions perçues de Canal Plus Régie de la part des chaînes en régie (hors UGC et internet) a reculé de 11%, à 59 millions d'euros, en raison du recul des recettes publicitaires de CNews et des tranches en clair de Canal Plus. Il y a un an, Vincent Bolloré avait déclaré que les tranches en clair de Canal plus ne ramenaient plus que 60 millions d'euros de publicité, soit deux à trois fois moins qu'auparavant.

Jamal Henni