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Cet artisan fait des accessoires électriques des œuvres d’art

Toutes les prises électriques ne se ressemblent pas. MelJac, une PME créée il y a 20 ans par André Bousquet en réalise pour les palaces, les musées et les châteaux du monde entier. Chez les architectes et les décorateurs, cette marque incarne l’excellence à la française et le chic parisien.

Le grand public ne connaît pas MelJac ou plutôt, il connaît cette marque sans le savoir. Cette PME française équipe les plus beaux bâtiments du monde d’interrupteurs, de lampes, de liseuses, de boîtiers de contrôle, de prises électriques haut de gamme. Parmi ses références, l’Hôtel Meurice, le Château de Versailles, le Musée du Louvre, le siège de Cartier, le magasin parisien de Van Cleef & Arpels, mais aussi le domicile de stars du show-business, du sport ou de l'économie.

La société ne peut pas citer le nom de ses clients, mais selon nos informations, le domicile de Steve Jobs, la demeure de Jonathan Ive, le designer d’Apple, et celle qu'habitaient Brad Pitt et Angelina Jolie sont équipés par cette petite société française. Ils ont tous choisi ces produits parce qu’ils incarnent une élégance simple et tellement discrète qu’on ne la remarque pas. Tout le contraire du "bling bling".

La dernière création de MelJac est cette pyramide de cuivre qui abrite des prises électriques et USB. Cette œuvre d’art a été réalisée et personnalisée pour les suites de l’Hôtel Meurice.

Cette pyramide n'est pas seulement une oeuvre d'art. C'est aussi une boitier multiprises que l'on trouve dans les suites de l'Hôtel Meurice.
Cette pyramide n'est pas seulement une oeuvre d'art. C'est aussi une boitier multiprises que l'on trouve dans les suites de l'Hôtel Meurice. © MelJac

MelJac est une "maison", comme on le dit pour les entreprises du luxe. Elle a été créée en 1995 par André Bousquet, un électricien autodidacte qui travaillait pour des architectes et des designers de renom (Jean-Michel Wilmotte ou encore Philippe Starck) en déplorant un certain manque d’exigence pour les accessoires électriques. À l’époque, c’était un atelier quasi artisanal de la banlieue parisienne et il le serait toujours aujourd'hui si un événement imprévisible n’avait pas tout chamboulé. "Lors d’une grande tempête, un arbre s’est écroulé sur l’atelier et a presque tout détruit. Plutôt que de reconstruire à l’identique, nous nous sommes agrandis et nous avons monté d’autres sites", a raconté André Bousquet à BFMBusiness.com.

Dans la Galerie des Glaces du Château de Versailles, les prises sont signées MelJac.
Dans la Galerie des Glaces du Château de Versailles, les prises sont signées MelJac. © MelJac

Le made in France, une valeur industrielle

Aujourd’hui, l’entreprise emploie 65 salariés, dispose de plusieurs sites en France (en banlieue parisienne et à Lyon) et d’un show room à Paris. Elle réalise un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’euros (dont 37% à l’export), et son dirigeant met un point d’honneur à ce que ses produits, qu’ils soient de série ou sur mesure, soient made in France. "J’entends souvent que la fabrication française dans les produits techniques haut de gamme est impossible, qu’il faut travailler hors de France pour gagner sa vie, que les compétences sont trop chères. Ce ne sont que des préjugés qui ne reposent sur rien de sérieux", nous a expliqué le dirigeant.

En effet, l’ensemble du processus de production depuis la conception jusqu’à la distribution en passant par l’usinage, le traitement et le polissage des surfaces métalliques est effectué dans les unités de MelJac installées à Orly, Villeneuve-le-Roy ou Neuilly Plaisance. "C’est un véritable défi pour former des techniciens, car il existe de moins en moins d’écoles pour le travail du métal", signale André Bousquet qui indique que pour former un bon polisseur, il faut au moins quatre ans. "C’est un métier de passionnés qui contrairement à ce que l’on pense, attire les jeunes qui découvrent un aspect du luxe qu’ils ne soupçonnaient pas et sont fiers de voir les produits qu’ils ont créés dans les plus beaux monuments de Paris".

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Son unité de polissage s’est forgé une telle réputation qu’elle travaille désormais pour d’autres univers du luxe ou de la création. À elle seule, elle assure près de 10% du chiffre d’affaires de l’entreprise. "On fait des objets de plus en plus divers comme des réservoirs de motos customs, des objets d’art ou des pièces mécaniques de prestige, mais l’une des plus originales que nous avons réalisées est cette serrure de cuivre pour la prison de la Santé qui a été créée par Philip Starck", nous a dévoilé André Bousquet.

Une entreprise du "patrimoine vivant"

Mais évidemment, la spécialité de MelJac repose sur les équipements électriques dont l’évolution technologique imposée par la domotique (avec le pilotage par smartphone) et des normes propres aux différents pays nécessitent d’adapter chaque modèle et de faire de plus en plus de sur mesure.

Mais la petite entreprise a aussi formé un réseau international de revendeurs et d’électriciens agréés capables de commercialiser ce savoir-faire et d’installer prises et interrupteurs dans les règles de l’art. Une organisation qui est à l’image des maisons françaises de haute couture. "Il ne s’agit pas de gâcher le travail en posant un appareil de travers ou en le connectant mal", précise l’artisan qui en 20 ans a transformé de simples appareillages électriques en œuvres d’art. MelJac est entré il y a deux ans dans le cercle restreint des artisans qui ont reçu le label d'État "Entreprise du patrimoine vivant". Plus qu'une récompense, une reconnaissance nationale.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco