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Ce que TF1 va faire de son trésor de guerre

Le PDG Nonce Paolini regarde des dossiers dans la production audiovisuelle, l'internet et la TNT

Le PDG Nonce Paolini regarde des dossiers dans la production audiovisuelle, l'internet et la TNT - -

La Une récolte près d'un milliard d'euros en vendant Eurosport. Une large part sera reversée aux actionnaires. Elle examine aussi des acquisitions, mais il n'est pas sûr qu'elle aille jusqu'au bout.

Le 21 janvier, TF1 annonçait la vente de la majorité d'Eurosport à l'américain Discovery. La Une va ainsi encaisser un chèque de 253 millions d'euros. En outre, elle pourra vendre ses 49% restant à partir de mi-2015, et recevoir ainsi 416 millions d'euros supplémentaires.

Au moment de cette annonce, Nonce Paolini était aux voeux du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel). Pressé de questions par les journalistes sur l'utilisation de tout cet argent, le PDG a répondu par un laconique: "vous verrez bien", avant de s'éclipser...

En effet, la Une garde le mystère sur ce qu'elle va faire de ce chèque -le plus gros qu'elle ait jamais reçu. Revue des options à l'étude.

1-le dividende

La Une a toujours distribué la majorité de ses bénéfices sous forme de dividendes. Elle a même maintenu -voire augmenté- son dividende malgré la baisse de sa rentabilité. Ainsi, le dernier dividende a absorbé 85% des bénéfices...

Problème: la rentabilité va encore baisser suite à la vente du très rentable Eurosport, qui représentait près du quart du profit opérationnel (22% en 2012). Avec cette vente, la marge opérationnelle du groupe prévue pour 2014 passe de 7,5% à 5,5%, selon les calculs d'Exane BNP Paribas.

Et, pour ne rien arranger, le principal actionnaire Bouygues (qui détient 44%) a grand besoin d'argent, car sa principale source de cash -les télécoms- a disparu. "Entre 2007 et 2011, Bouygues Telecom avait versé en moyenne 400 millions d’euros de dividendes par an à Bouygues, soit 40% de la totalité du cash reçu par la maison mère. Cette source étant désormais tarie, les autres filiales du groupe comme TF1 vont devoir maintenir leur niveau de dividende au minimum, si ce n’est faire des efforts supplémentaires", expliquent Frédéric Genevrier et Olivia Flahault, analystes chez OFG Recherche.

Bref, pour toutes ces raisons, il est probable que TF1 verse une large part du pactole à ses actionnaires soit via un dividende exceptionnel, soit au fil de l'eau.

2-les acquisitions

Selon certaines sources, TF1 pourrait consacrer au mieux quelques centaines de millions d'euros à des acquisitions. La Une examine des dossiers dans au moins trois domaines: la production audiovisuelle, l'internet, et des chaînes TNT.

Mais les obstacles sont multiples. D'abord, la réglementation française interdit aux chaînes de détenir une société de production. La Une étudie donc l'acquisition de producteurs à l'étranger.

Côté internet, la Une a regardé moult dossiers, comme récemment AlloCiné. Mais, à chaque fois, elle a dû faire face à deux rivaux prêts à faire des chèques plus généreux: Lagardère et surtout Fimalac, qui a raflé les trois derniers gros sites français encore indépendants (AlloCiné, Webedia et 750 grammes).

Enfin, côté TNT, les cibles sont peu nombreuses. Il y a Numéro 23, mais sa convention interdit toute revente avant début 2015. Et bien sûr NRJ 12 et BFM TV (à qui appartient ce site web). Mais, dans les deux cas, l'actionnaire principal (respectivement Jean-Paul Baudecroux et Alain Weill) assure qu'il ne veut pas vendre.

3-le statu quo

Reste un obstacle de taille: les acquisitions ne sont pas vraiment dans la culture maison. La Une, déjà très prudente et près de ses sous à l'époque de Patrick Le Lay, l'est devenue encore plus depuis l'arrivée en 2007 de Nonce Paolini.

Certes, ce dernier avait promis lors de sa nomination de réduire le poids de la chaîne mère TF1, en faisant passer d'ici 2013 les diversifications de 38% à 50% du chiffre d'affaires du groupe.

En réalité, il a fait exactement l'inverse: il a recentré le groupe sur le canal historique TF1. Moult diversifications ont été tuées dans l'oeuf (comme une déclinaison de TF1 en Belgique, ou un bouquet satellite), ou bien revendues -la dernière en date étant justement Eurosport. En face, aucune acquisitions significative n'a été faite, hormis TMC et NT1 (cf. encadré). Et même certains petits rachats se sont mal passés, comme celui du site Excessif.com, dont l'audience a baissé suite à son acquisition.

Au final, les diversifications (définies comme les activités hors TV gratuite) ne représenteront plus que 31% du chiffre d'affaires en 2014, selon les calculs d'Exane BNP Paribas.

La question est donc de savoir si la volonté de faire des acquisitions ira à son terme. "Si TF1 ne rachète rien, nous aurons l'air ridicules vis-à-vis des marchés financiers, sans ambition, ni perspectives", plaide un cadre. Mais un autre prédit: "TF1 ne rachètera rien de significatif. Pourquoi voulez-vous que Nonce Paolini, à 65 ans et deux ans de la retraite, commence une carrière d'acquéreur compulsif?"

Interrogé, TF1 s'est refusé à tout commentaire.

Le titre de l'encadré ici

|||Les acquisitions depuis 2007

2007: Dujardin (5,4 millions d'euros)
2008: excessif.com (1,4 million d'euros)
2010: 40% de TMC et 100% de NT1 (195 millions d'euros)
2011: Metro (3,2 millions d'euros)
2011: direct-optic.fr (1,5 million d'euros)

Le titre de l'encadré ici

|||Les cessions depuis 2007

2007: surinvitation.com (e-commerce)
2008: 50% de France 24
2009: 34% de TF1 International (droits audiovisuels)
2009: Dogan Teleshopping
2009: Pilipili (journal d'annonces)
2010: 40% dans Overblog
2011: Eurosportbet (paris sportifs)
2011: TCM (droits audiovisuels)
2011: 1001 Listes (e-commerce)
2012: 20% d'Eurosport, Histoire, Stylia, TV Breizh et Ushuaïa (chaînes thématiques)
2013: Place des tendances (e-commerce)
2014: 31% d'Eurosport

Jamal Henni