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À Paris, la bataille des "hostels" de jeunesse a déjà commencé

Paris compte seulement 6.000 lits d’hostels auxquels il faut ajouter les 1.000 proposés par la fédération des auberges de jeunesse. À Berlin, Londres ou Amsterdam, les 15.000 lits ont déjà été dépassés.

Paris compte seulement 6.000 lits d’hostels auxquels il faut ajouter les 1.000 proposés par la fédération des auberges de jeunesse. À Berlin, Londres ou Amsterdam, les 15.000 lits ont déjà été dépassés. - Les Piaules

La capitale française est à la traîne par rapport à ses homologues européennes. Mais à 6 mois de l'Euro 2016, le marché se met en mouvement, avec des acteurs très différents.

Simples et pas chères, voilà les principaux arguments qui incitent les baroudeurs du monde entier à se loger dans des auberges de jeunesse. Mais ce n’est plus suffisant pour des jeunes qui, pour avoir plus qu’un lit, vont s’amuser dans les "hostels" qui révolutionnent ce secteur, en apportant de nouveaux concepts.

Face aux locations entre particuliers et aux hôtels, les auberges ne peuvent plus être de simples dortoirs. Pour se différencier, elles deviennent des "hostels". Et déjà, la guerre a démarré pour séduire un public nombreux et peu fortuné à la recherche d’un lit et d'une ambiance sympa sans forcément se ruiner.

Si les prix restent très abordables -ils démarrent à 20 euros la nuit- le modèle baba cool d’antan est devenu totalement obsolète. Ces "hostels" affichent de superbes design et proposent une expérience comparable à celle des clubs de vacances.

En revanche, pas de télé dans les chambres pour inciter la clientèle à utiliser les services de divertissement qui sont le socle du modèle économique de ces établissements. Au programme: services de restauration, bars branchés et boîtes de nuit en sous-sol pour ne pas réveiller les voisins. Un modèle qui attire des millions de jeunes dans le monde.

Les anglo-saxons voient la France comme un territoire à conquérir

Mais si ce marché fonctionne plutôt bien dans les capitales d’Europe, Paris est en retard. Elle compte seulement 6.000 lits d’hostels auxquels il faut ajouter les 1.000 proposés par la fédération des auberges de jeunesse (FUAJ). À Berlin, Londres ou Amsterdam, le cap des 15.000 lits a déjà été dépassé. De fait, les leaders anglo-saxons voient la France comme un territoire à conquérir.

L’un des leaders européens est Britannique. Il s’agit de St Christopher’s Inn qui depuis 2008 a ouvert plusieurs "hostels" dans Paris, l’un près du bassin de La Villette, l’autre dans le quartier de la Gare du Nord. L’un de ses compatriotes, Generator, est un autre acteur de poids avec déjà 900 lits dans Paris. Et, dès 2018, l’allemand Meininger compte ouvrir ses "hostels" dans la capitale.

Ces grandes manœuvres ont un effet positif. Elles ont créé une véritable émulation chez les Français qui n’ont pas l’intention de laisser ce marché leur passer sous le nez.

Parmi eux, Romain Viennois. Ce spécialiste a dirigé l’entité française de St Christopher’s pendant 12 ans et a décidé de se lancer en créant le réseau France Hostel, un projet soutenu à hauteur de 500.000 euros par Bpifrance. D’ici 2020, il compte créer 20.000 lits dans huit établissements et ne vise pas seulement Paris, mais aussi les grandes métropoles ainsi que les stations de sports d’hiver.

Un Ibis transformé en "piaules" pour étudiants

En parallèle de ces grandes opérations, d’autres acteurs français tirent aussi leur épingle du jeu en misant sur des concepts luxueux, mais sans alourdir la note. C’est le cas des Piaules qui a investi 8 millions d’euros pour un bâtiment de 160 chambres à Belleville (20e arrondissement). 

Même le groupe Accorhotels a des visées sur cette clientèle souvent considérée comme turbulente et fauchée. En parallèle de sa stratégie haut de gamme, le groupe a aménagé un Ibis de la porte Montmartre en dortoirs à 19 euros la nuit.

Pour le Comité régional du tourisme de Paris Île-de-France, ce phénomène arrive à point nommé. La région manque cruellement de chambres d’hôtel et AirBnb semble avoir fait le plein d’appartements de particuliers.

"Nous sommes à six mois de l’Euro 2016 et nous attendons 400.000 touristes qui n’iront pas tous à l’hôtel, ni dans des appartements AirBnb", indique Vincent Berthiot, porte-parole CRT-Paris IdF qui estime que ces offres ne s’opposent pas. "Elles sont complémentaires. Ce qui est important pour la région est que chaque type de client trouve l’offre dont il a besoin."

Et touriste ne veut pas forcément dire étranger, car les Français sont une cible de choix, comme l’indique Vincent Berthiot. Pour le moment, même St Christopher’s n’a pas encore réussi à la séduire. À Paris, les Français ne représentent encore que 5% de sa clientèle.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco