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Coronavirus: les projets de fusions-acquisitions tournent au ralenti

Beaucoup de projets qui avaient été entamés avant le développement de la pandémie ont été soit complètement arrêtés.

Beaucoup de projets qui avaient été entamés avant le développement de la pandémie ont été soit complètement arrêtés. - Pixabay

Nombre de projets de rapprochements entre grands groupes sont aujourd'hui en suspens en France à cause de la pandémie.

A l'heure où la crise sanitaire suscite de nombreuses incertitudes, les entreprises ne sont pas particulièrement enclines à s'unir pour mieux performer.

Retardés, amendés, annulés… Les projets de fusions-acquisitions subissent un aujourd'hui un sérieux coup de frein. Notamment parce que la crise sanitaire est génératrice d'incertitudes pouvant venir rebattre les cartes de ces opérations de grande ampleur. Et ce, quel que soit le secteur...

Manque de visibilité

"Beaucoup de projets qui avaient été entamés avant le développement de la pandémie ont été soit complètement arrêtés, soit simplement mis en pause en attendant d'avoir plus de visibilité", souligne auprès de l'AFP Damien Anzel, associé EY au sein de l'équipe fusions-acquisitions.

L'incertitude de l'environnement économique actuel "brouille un peu les pistes", selon lui, "parce que les curseurs de performance opérationnelle" et de valorisation boursière des entreprises ne sont plus aussi lisibles dans des marchés "très volatils" qui "ont chuté de plusieurs dizaines de pour cent en quelques semaines".

Sans compter que pour ce qui est du financement, les prêteurs "sont aujourd’hui plutôt en train de dédier leurs capacités d'intervention à des opérations de refinancement ou d'octroi de lignes de crédit pour des entreprises qui en ont besoin du fait du manque de liquidités", complète M. Anzel.

Automobile

Même si les préparatifs juridiques et boursiers se poursuivent, des ombres planent sur le mariage annoncé entre PSA et Fiat Chrysler (FCA), censé être finalisé au plus tard début 2021.

La pandémie actuelle fragilise les constructeurs automobiles français et italo-américain, dont plusieurs sites de production sont à l'arrêt, et remet en cause les termes financiers de leur union, selon des sources financières.

Début avril, PSA a annoncé le report au 25 juin de son assemblée générale annuelle des actionnaires alors que le paiement des dividendes prévus dans le cadre de la fusion avec Fiat Chrysler pose question.

"La probabilité que la fusion se fasse est quasi nulle aujourd'hui, en tout cas dans les conditions qui étaient prédéfinies", juge auprès de l'AFP un investisseur, sous couvert d'anonymat.

"Les groupes de travail maintiennent et même accélèrent le rythme sur le projet pendant cette crise, pour réaliser le closing", a cependant assuré le patron de PSA Carlos Tavares.

Industrie ferroviaire

Les syndicats d'Alstom se sont donné jusqu'au 30 juin ou "début juillet" pour rendre leur avis sur le projet de rachat de la division ferroviaire du conglomérat canadien Bombardier.

"Le deal continue comme prévu", a indiqué un porte-parole d'Alstom à l'AFP. "Les différentes étapes avancent avec l'Union européenne. Les discussions se poursuivent".

"On comprend que ce qui se passe autour du Covid-19 pourra avoir un impact sur le calendrier, on en tiendra compte", a complété la même source, sans faire de commentaire sur une éventuelle modification des termes de la fusion.

Technologies

Le spécialiste des paiements électroniques Worldline, qui veut racheter son concurrent Ingenico via une opération amicale officialisée début février, a reporté au 9 juin son assemblée générale initialement prévue le 14 mai, "compte tenu des circonstances exceptionnelles liées à l'épidémie de Covid-19".

"Ce report n'aura pas d'impact sur le calendrier du projet stratégique d'acquisition d'Ingenico", notait le groupe dans un communiqué mardi, précisant que "grâce à la collaboration efficace des deux groupes", il a "progressé de manière très positive et pleinement en [conformité] avec son objectif de finalisation au cours du troisième trimestre 2020".

Les turbulences provoquées sur les marchés par la pandémie de coronavirus ont permis au géant français de l'informatique Capgemini de prendre le contrôle total du groupe technologique Altran. Grâce à la débâcle boursière liée au virus, son offre boudée par des minoritaires est soudainement devenue convaincante, à l'issue d'une longue bataille commencée en juin 2019.

En revanche, le ministre français de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a rendu un avis négatif fin mars au rachat du français Photonis, spécialisé dans la photodétection et propriété du fonds Ardian, par le groupe américain d'ingénierie et d'électronique Teledyne.

Finance

Le leader français de l'assurance dommage Covéa a annoncé début mars son intention de racheter le réassureur PartnerRe à la holding financière Exor de la famille italienne Agnelli pour 9 milliards de dollars.

Selon une source proche du dossier, "le projet d'acquisition [de Partner Re] suit son cours même si les délais semblent se rallonger au vu de l'actualité". Covéa vise toujours une conclusion de l'opération d'ici à la fin de l'année, ajoute cette même source.

De son côté, la banque HSBC France, engagée dans des discussions avec des acquéreurs potentiels pour son réseau de détail, a affirmé auprès de l'AFP que "la revue stratégique [de ses activités de banque de détail] se poursuivait", même si la crise liée au Covid-19 ralentissait le processus. 

Euronext a pour sa part jeté l'éponge dans la course au rachat de la Bourse de Madrid, renonçant fin mars à faire une offre concurrente à celle de l'opérateur suisse Six Group.

JCH avec AFP