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Coronavirus: ces petites entreprises qui risquent de mettre la clé sous la porte

Un restaurant vide à Bethléem, ville de Cisjordanie bouclée. Photo prise le 7 mars 2020

Un restaurant vide à Bethléem, ville de Cisjordanie bouclée. Photo prise le 7 mars 2020 - Musa Al Shaer-AFP

Pour certaines entreprises - agence d'événementiel, restaurant ou hôtel - l'épidémie de coronavirus pourrait être fatale à leur activité.

Agence d'événementiel, organisateur de séminaire d'entreprise, traiteur, restaurateur ou hôtelier, l'épidémie mondiale de coronavirus n'épargne pas ces entreprises spécialisées dans l'accueil du public. Pour certaines, notamment les plus petites ou les plus fragiles, chaque nouvelle annulation assombrit un peu plus les perspectives à moyen voire à court terme.

Plus aucun événement programmé

Chez Prest'Agency, une agence organisatrice d'événements d'entreprise et publics - concert, défilé de mode, conférence de presse - l'humeur n'est pas à la fête. "C'est table rase", s'inquiète pour BFMTV.com Christophe Andriveau, son fondateur, dont l'agenda s'est depuis peu vidé.

Depuis l'annonce du passage au stade 2 du plan de lutte contre l'épidémie le 28 février dernier, tous les événements que l'agence devait organiser ont été annulés. Ce qui représente déjà une perte de 50.000 euros pour l'entreprise de quatre salariés, "ce qui n'est pas négligeable, sans compter tout ce qui ne se fera pas". Ironie de l'histoire, l'un des événements récemment annulés avait déjà été une première fois reporté au mois de décembre alors que la mobilisation contre la réforme des retraites avait paralysé les transports en commun.

"Entre les rassemblements des gilets jaunes, les grèves en fin d'année dernière et maintenant le coronavirus, ça commence à cumuler, s'alarme Christophe Andriveau. Même un petit événement qui devait réunir 20 personnes a été annulé, les gens ont peur et ne veulent pas prendre la responsabilité du moindre risque."

"Un million d'euros en suspens"

Si les grosses entreprises du secteur semblent plus résistantes, les pertes restent néanmoins considérables. Innov'events, spécialisée dans l'organisation de séminaire, teambuilding et soirée d'entreprise, a déjà perdu 200.000 euros en une semaine. Et craint une perte totale de 3 à 4 millions d'euros pour tout le premier semestre.

"Un million d'euros de contrats sont en suspens, témoigne pour BFMTV.com Gérald Sisti, son directeur général. En principe, c'est au printemps que nous réalisons notre pic d'activité. Aujourd'hui, les prises de décision d'événements sont bloquées, nous n'avons aucune visibilité jusqu'au mois de septembre."

Pour compenser cette perte d'activité, le réseau - qui compte une trentaine d'agences dans toute la France - réfléchit à de nouvelles solutions pour ses clients, comme des portes-ouvertes ou des micro team-building avec un nombre de participants réduit. "Tant que la période sera morose, il n'y aura pas de nouvelle signature dans les régions touchées, poursuit Gérald Sisti. Et si l'on se remet à valider des contrats au mois de mai ou juin, ils n'auront pas lieu avant plusieurs mois, le temps habituel dédié à l'organisation avec les prestataires."

Pour les événements encore maintenus, rien n'est cependant certain. "Tout dépendra des directives préfectorales", ajoute le patron d'Innov'events. À l'exemple du Haut-Rhin, particulièrement touché par le virus, qui interdit les rassemblements de plus de 50 personnes depuis la fin de semaine dernière.

5 couverts, dix fois plus habituellement

État d'esprit tout aussi maussade dans le secteur du tourisme avec, en parallèle, une hausse des demandes d'annulation et une baisse des réservations. Ce que confirme à BFMTV.com Valérie Boned, secrétaire générale de l'organisation professionnelle les Entreprises du voyage, qui évoque la chute de 60% des réservations par rapport à l'année dernière à la même époque. Elle craint que le coronavirus ne soit fatal à certaines entreprises du secteur. "Il y a effet tâche d'huile et un coup de frein sur toutes les destinations."

Pas mieux chez les traiteurs, qui assurent avoir perdu quelque 3,5 millions d'euros en quarante-huit heures la semaine dernière. Même sinistrose du côté de l'hôtellerie et de la restauration. Plus de huit professionnels sur dix assurent ainsi que l'épidémie a des répercussions sur leur activité, indique le Groupement national des indépendants hôtellerie et restauration. Hubert Jan, président de la branche restauration de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih), assure qu'une semaine a suffi pour mettre en danger certaines petites entreprises.

"J'en connais qui envisagent de fermer définitivement, indique-t-il à BFMTV.com. Les choses vont très vite chez nous car le chiffre d'affaires du jour, c'est la trésorerie de demain."

Dans son propre restaurant du Finistère, il n'a enregistré que 5 et 7 couverts vendredi et samedi soirs derniers, contre une cinquantaine habituellement. "Jamais je n'aurai pensé vivre ça, cela touche tout le monde. La psychose est nationale", ajoute Hubert Jan.

Chiffre d'affaires à zéro

Si dans certains établissements l'activité est très fortement ralentie, dans d'autres elle est nulle depuis le début de la crise. Ce que confirme à BFMTV.com Charles-Édouard Barbier, vice-président départemental de l'Umih Oise, qui dénonce des situations "catastrophiques".

"Dans la restauration, certains établissements connaissent une baisse d'activité de 70%. Pareil dans l'hôtellerie, et encore, c'est quand ça se passe bien. Pour certains, la baisse de chiffre d'affaires est de 100%. Certains hôtels n'ont pas loué une seule chambre depuis le début du mois de mars. Quand vous avez un chiffre d'affaires de zéro mais avec des milliers d'euros de frais fixes tous les mois, il y a péril en la demeure. L'un de ces hôteliers m'a dit qu'il sera en cessation de paiement au 31, un contact a déjà été pris avec la présidente du tribunal de commerce de Beauvais. Car pour ces établissements, la perte de chiffre d'affaires n'est pas rattrapable."

Et pour ces TPE qui comptent parfois deux ou trois salariés, le recours au chômage partiel - mis en avant par le gouvernement - n'apparaît pas comme une solution adaptée.

"Comment voulez-vous faire quand votre restaurant compte un cuisiner et un serveur ou quand votre hôtel compte un réceptionniste de jour, un autre de nuit et une femme de chambre? Vous ne pouvez pas vous passer de l'un d'entre eux, ou alors il faut fermer l'établissement avec le problème des frais fixes, comme le loyer ou le remboursement du crédit, qui reste entier", pointe Charles-Édouard Barbier, également patron d'un restaurant dans l'Oise.

C'est pour cela qu'il appelle à aller plus loin que les annonces faites lundi par Bruno Le Maire (report des cotisations sociales et dégrèvement des impôts au cas par cas). Une quarantaine de fédérations professionnelles ont également réclamé la création d'un fonds d'urgence. "À situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles." 

Céline Hussonnois-Alaya